Le blog de Joseph Savès
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Une théorie des besoins
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Livre 1 : une théorie des besoins

Chapitre 1 - Vivre, survivre, mieux vivre


Un monde insaisissable, introduction à l'économie politique

« D'une part, il est naturel qu'à mesure que le monde autour de nous devient plus complexe, notre résistance grandisse contre les forces qui, se dérobant à notre compréhension, brouillent constamment nos espoirs et nos plans; d'autre part, il est incontestable que dans ces conditions il devient de plus en plus difficile à quiconque de comprendre les forces en jeu » (Friedrich von Hayek, La route de la servitude).

Multiplication des hommes, aléas climatiques, innovations techniques… Nous vivons dans une instabilité faite d'une multitude de micro-actions d'origine humaine ou naturelle qui agissent et réagissent les unes sur les autres, qui s'additionnent, se soustraient, se complètent ou se contrarient. Que nos actions soient ou non prédéterminées par notre passé et notre environnement, elles mettent en jeu, à coup sûr, un nombre de paramètres infini ou quasi infini dont la connaissance nous échappe.

Il est aisé de reconnaître a posteriori l’effet de la volonté ou la main du Destin dans tout événement individuel ou collectif, rencontre amoureuse, succès professionnel, secousse révolutionnaire. C’est oublier une infinité de faits imperceptibles derrière l’enchaînement apparent des causes, aussi bien une bousculade provoquée par la maladresse d’un inconnu ou  une variation climatique induite par un courant océanique des antipodes.

Dans l’impossibilité d’identifier tous les paramètres qui déterminent nos agissements et le cours de la vie, les sciences contemporaines introduisent faute de mieux le hasard comme facteur de mutation et d’évolution en biologie ou en physique [1]... De la climatologie [2] à la biologie cellulaire [3], en passant par la cybernétique, ces nouvelles sciences utilisent les concepts de flexibilité, d'adaptabilité et d’interactivité que l'informatique et l’industrie ont mis à l'honneur.

Animés par le souci de leur survie face aux sollicitations de l'environnement, les hommes agissent sans pouvoir connaître tous les tenants et les aboutissants de leurs décisions. Ils orientent leurs choix de vie en fonction d'une appréciation personnelle de leur situation. Ce sont des êtres libres et responsables. La liberté est la conséquence de la méconnaissance à vue d'homme des successions d'événements grands ou petits qui, depuis le Big Bang originel, déterminent l'avenir. La responsabilité découle de la liberté. Les hommes assument individuellement la responsabilité de leurs choix et prennent sur eux d'en corriger les conséquences lorsqu'elles se révèlent contraires à leur attente. Il s'ensuit que leurs comportements dessinent ensemble un mouvement général non prédéterminé et doté d'aucune signification qui soit perceptible à notre niveau [4].

Ce qui est vrai pour chaque individu de l'espèce humaine l'est a fortiori  pour les structures sociales et les nations : aucune vocation immanente n'oriente leur destin quoi que prétendent les idéologues de tout poil qui parlent, ici, des États-Unis comme de la nouvelle Jérusalem terrestre, là de l'ancienne Union soviétique comme du fer de lance de la Révolution Socialiste, ailleurs encore de la France comme de la Patrie des Droits de l'Homme.

Il n'y a pas davantage de démiurge secret qui tire les ficelles et règle les agissements de chacun ; aucun Conseil secret des multinationales, aucun Komintern, aucune Trilatérale ou franc-maçonnerie occulte qui soit assez puissant pour détourner le plus humble des hommes de son objectif personnel de survie ! Les structures sociales évoluent simplement sous l'effet de rétroactions positives ou négatives.

Après les tourments qu'ont valus à nos sociétés industrialisées les tentatives totalitaires de planification et de gestion centralisée et après la mise au rancart des idéologies scientistes du siècle passé, une leçon demeure : il est vain de vouloir ordonner le désordre inhérent à la vie, même au nom d'une prétendue rationalité. Oublions les doctrinaires marxistes qui ramènent les ressorts individuels à des rapports de production et soumettent les agissements de l’homme à des lois supérieures. Oublions les tenants de la société de consommation, plus près de nous, qui considèrent que le corps social crée des besoins en fonction de critères mystérieux dépassant l'entendement des individus. Oublions enfin les libéraux classiques et aux doctrinaires de l'individualisme, qui réduisent la conduite de l'homme au seul désir d'enrichissement matériel.

Loin de ces théories sans issue, il m'apparaît autrement plus fécond, aujourd'hui, de m’en tenir à une analyse du comportement des hommes vivant en société et de montrer comment, lorsqu’ils sont livrés à eux-mêmes, ils cherchent leur épanouissement personnel dans un resserrement des liens sociaux, économiques mais aussi affectifs. L'économie politique comme je la conçois limite son ambition à la mise à jour des conventions sociales, politiques et économiques les plus propices à l'épanouissement de chacun dans le respect d'autrui. Pour cela, il convient d'analyser, avec humilité, les motivations des individus, de voir comment ils gèrent leur devenir en dépit de leur ignorance, et comment leurs comportements interférent les uns avec les autres. Ensuite, il devient loisible de définir les conventions sociales, politiques et économiques les plus respectueuses de ces motivations et de ces comportements.

Un objectif impérieux :  la survie

« Chaque chose, dans la mesure où elle demeure elle-même, s'efforce de persister dans son être » (Spinoza, L’Éthique).

Depuis qu'Adam a croqué le fruit défendu, la mort est devenue inéluctable pour chacun de ses descendants. Nous sommes mortels. Comme tous les êtres vivants, nous sommes voués à vieillir et mourir. Avec tous les êtres vivants, nous partageons le désir de nous maintenir en vie, vaille que vaille, le plus longtemps possible. Communément, le maintien en état de l'organisme et de ses fonctions vitales est désigné sous le terme de survie - ou longévité, qualité de ce qui dure -. La survie est l'affaire de chacun. Dans un monde plein d'interactions imprévisibles, elle n'est  jamais assurée sans un effort personnel de volonté, de vigilance et d'initiative. L'aspiration à la longévité passe par la lutte contre trois dangers mortels qui sont la famine, la maladie et l'insécurité.

Ethnologues et historiens ont analysé la préoccupation de survie dans les sociétés primitives et les communautés rurales traditionnelles, où elle perdure sous sa forme la plus authentique. Là, rien ne semble plus compter que d'assurer jour après jour, pour soi et pour ses proches, le ravitaillement indispensable à l'entretien des fonctions physiologiques. L'activité individuelle et l'organisation sociale sont tendues vers cet objectif. Le film japonais La ballade de Narayama, de Shohei Imamura, illustre la dureté d'une communauté toute entière orientée vers la survie, au prix d'immenses contraintes collectives (sacrifices de vieillards, élimination de bébés filles,…). Tout concourt à la lutte contre la faim et la mort brutale, y compris la religion et les rites propitiatoires : on sollicite les divinités pour qu'elles accordent une chasse féconde, une terre fertile, une santé constante et la paix civile… mais on les sollicite aussi pour gagner les faveurs de l'être aimé et on les prie d'accorder le repos éternel aux ancêtres défunts.

On continue dans nos sociétés industrialisées de prier pour les mêmes raisons mais, heureusement, on n'accorde plus la même primauté aux préoccupations qui relèvent de la simple survie biologique. Tous les citoyens sont, certes, obligés de s'activer pour améliorer leur confort et progresser dans l'échelle sociale, mais il n'en est guère dont la survie dépende de ces efforts. Les besoins physiologiques, tels que la nourriture et les soins, sont accessibles à presque toute la population, soit par le travail, soit par le biais des organismes sociaux ou de la charité. La majorité ne vit plus dans l'incertitude du pain quotidien ni dans la crainte du lendemain. Elle est même assurée de vivre sans trop de peine jusqu'à quatre-vingts ans et au-delà. La préoccupation de longévité perd de son acuité. Sa place relative parmi les préoccupations humaines tend à se réduire. Elle reste néanmoins présente au plus profond de chacun de nous, aussi luxuriantes et richissimes que soient nos sociétés. Car la fatalité de la mort demeure présente depuis les origines. C'est elle qui nous astreint à un effort permanent. La faute d'Adam et son éviction du jardin d’Éden, en privant les hommes de la vie éternelle, les condamnèrent aussi à la peine et au travail (« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front »).

Survivre dans ce monde, garder la mort à distance autant qu'il est possible ; tels sont les premiers impératifs qui guident nos actions. La lutte contre la mort ne rassemble pas toutes les aspirations humaines mais d'elle toutes dérivent. Elle nous conduit - entre autres - à l'obligation de travailler, à la création de richesses et aux échanges économiques.

De la survie biologique au mieux-être

« Gonneril - Écoutez-moi, mon Seigneur. Qu'avez-vous besoin d'une suite de vingt-cinq, de dix, ou de cinq dans une maison où deux fois autant d'hommes ont ordre de vous servir ?
Reagan - Qu'avez-vous besoin d'un seul ?
Lear - O, ne raisonnez pas le besoin ! Nos plus misérables mendiants ont quelque pauvre objet en superflu. N'octroyez à la nature que ce qu'il faut à la nature et la vie de l'homme vaudra celle de la bête » (Shakespeare, Le roi Lear).

Boire et manger modérément, dormir, se soigner et se tenir à l'abri du danger sont autant de conditions requises pour une longévité maximale, mais qui font fi de toute justification à l'existence…  Un signe : c'est chez les prisonniers et chez les animaux domestiques que ces conditions sont le mieux assurées ; l'existence de ces êtres vaut-elle pour autant la peine d'être vécue ? Est-elle désirable ? La réponse est bien évidemment négative. Si les hommes n'aspiraient à rien d'autre qu'à des bénéfices matériels ou physiologiques, les rejetons des milliardaires texans figureraient à coup sûr parmi les plus heureux.  Cela ne semble pas être le cas…

Faudrait-il réduire les comportements individuels à la recherche d'une longévité maximale et à l'évitement de la souffrance ? — C'est ce à quoi s'est essayé Gary Becker (prix Nobel 1992). L'économiste de Chicago se place dans le droit fil des tenants de la doctrine utilitariste. Il montre brillamment que les besoins individuels déterminent, à l'exclusion de toute autre chose, les choix de consommation et les comportements de chacun. Mais il est sans doute allé trop loin en cherchant dans tous les choix un intérêt palpable. Selon lui, le mariage résulte d'un calcul économique qui veut que vivre à deux est plus profitable à chacun que vivre seul ; élever un enfant offre une garantie pour la vieillesse ; se dévouer à autrui est une façon détournée de s'assurer considération et respect. Toutes ces explications sont valables. Elles ne sont pas suffisantes. Dans nos sociétés richissimes, le mariage n'offre pas plus d'avantages que le célibat ou la cohabitation : l'État prend soin des nécessiteux et chacun peut bénéficier à travers sa profession d'une juste reconnaissance de ses mérites ; le salariat et les droits des travailleurs, les cotisations retraite et les assurances sociales se sont substitués aux anciennes solidarités. Il n'y a plus besoin d'enfant comme autrefois pour se garantir un bâton de vieillesse ou simplement une main-d'œuvre complémentaire et bon marché. Pourtant, des gens continuent de se marier, d'avoir des enfants, de se dévouer à leur prochain, voire de sacrifier leur vie à une cause méconnue.

Quelles autres raisons pourraient expliquer la survivance de la maternité dans nos sociétés industrialisées ? — Certainement pas une prétendue conscience d'espèce : rien n'indique que les hommes et les femmes  soumettent des actes aussi importants que l'agrandissement de leur famille à des considérations d'utilité collective, nationale, raciale ou humaine. Certains couples font exception et alignent leur comportement privé sur des convictions nationalistes ou religieuses : par leur choix raisonné d'un grand nombre d'enfants, ils apportent la preuve a contrario que la conscience d'espèce n'est pas une donnée naturelle, spontanée et immanente.

D'un strict point de vue matériel, l'enfant constitue une charge sans aucune contrepartie. Il abaisse le niveau de vie des parents et contrarie leurs aspirations hédonistes… Moins de sorties, moins de luxe, moins de confort. Davantage de fatigue aussi. Alors, s'il est avéré que les couples continuent d'engendrer, il ne suffit pas d'en attribuer la raison à des négligences ou à des erreurs de programmation. Pour les couples, une seule motivation perdure. Cette motivation, immatérielle et inexprimable, est néanmoins très forte. C'est la joie de transmettre la vie, l'illusion de s'emparer de l'avenir ou, à défaut d'une meilleure définition, l'espoir de sur-vivre par-delà la mort. La maternité exprime le souhait d'une prolongation de soi, ainsi que celui de donner un sens à la vie en se faisant protecteur et éducateur d'un enfant.

L'impératif de longévité ne remplit donc pas l'existence ; il ne suffit pas de vivre, encore faut-il que cela en vaille la peine ! Chacun court après un accomplissement personnel qui va bien au-delà de la satisfaction des besoins biologiques élémentaires et passe par la pleine utilisation des facultés personnelles. Il n'y a pas de vie supportable sans le désir de grandir (chez l'enfant) et de s'améliorer (chez l'adulte). En marge des nécessités liées à la survie physiologique, d’autres nécessités nous poussent à mener des activités épanouissantes, à chercher une compagnie affectueuse, à explorer le monde qui nous entoure etc.

D'où, après la longévité, le deuxième pôle des aspirations humaines qui est la recherche du mieux-vivre. Je propose de le désigner sous le terme de plénitude, autrement dit la qualité de ce qui est plein. La plénitude recouvre toutes les choses non utiles à la longévité physiologique et sans lesquelles l'existence serait sans valeur. Elle recouvre toutes les aspirations destinées à donner un sens à la vie; un sens qui transcende la mort. Elle recouvre ce que les hommes appellent eux-mêmes leur raison de vivre. Qui que nous soyons, où que nous soyons, nous aspirons à quelque chose de plus que la survie physique à laquelle nous convie la nature.

Des psychologues comme Abraham Maslow ou Erich Fromm ont ainsi développé l'idée que le dépassement de soi fait partie de la personnalité de toute personne saine. « La vie humaine ne doit pas être dissociée de ses plus hautes aspirations. La croissance, l'épanouissement, la quête de santé, d'identité et d'autonomie, la recherche de l'excellence doivent être acceptés sans discussion comme une tendance humaine, sans doute universelle. » [5]

Le concept de plénitude repose sur une perception quelque peu subjective de la conscience de soi et d'une volonté de se dépasser. Cela tient à la difficulté de distinguer expérimentalement ses composantes : en quoi consiste précisément la plénitude ? quels comportements lui sont associés ? Cette difficulté, que ne cachent pas les psychologues précités, peut être contournée si l'on veut bien convenir que les composantes de la plénitude répondent aux exigences que ressentent  les neurones de s'activer, de se nourrir d'impressions et d'excitations. Les composantes de la plénitude contribuent à la santé neuro-cérébrale de la même façon que la consommation alimentaire et les autres sources de longévité contribuent à la santé du corps. Se développer, s'affirmer, s'épanouir serait le moteur qui permettrait à l'homme d'assurer une vitalité maximale à ses dix ou cent milliards de neurones. Mes neurones me commandent d'étudier ou de progresser dans mon métier de même que mes muscles me commandent d'aller faire des randonnées en montagne. Cette interprétation reflète l'idée que la quête de plénitude participe au développement de l'être humain tout autant que la longévité.

Longévité, plénitude et sur-vie

« Le génie de l'amour et le génie de la faim, ces deux frères jumeaux, sont les deux moteurs de tout ce qui vit. Tout ce qui vit se met en mouvement pour se nourrir, pour se reproduire. L'amour et la faim… Leur but est le même. Il faut que la vie ne cesse jamais ; il faut qu'elle se soutienne et qu'elle crée » (Tourgueniev, Petits poèmes en prose, XXIII).

L'expérience confirme à quel point sont complexes les choix de vie individuels. L'enrichissement matériel, que le commun des mortels assimile à la recherche du bien-être physiologique (nourritures de qualité, confort, repos,…), n'est qu'une manière parmi d'autres qu'ont les individus de réaliser certaines aspirations. Outre le désir de bien-être, la soif de pouvoir, le désir d'affirmer sa place en société, l'esprit de revanche,… d'autres choix sont également possibles ; citons la création artistique ou littéraire, la pratique de la vertu, le désir de connaître et d'apprendre etc. Nombre d'adolescents doués refusent sciemment les carrières brillantes que leur promet notre société et prennent le risque d'une vie modeste de chercheur ou d'enseignant pour combler leur aspiration à la connaissance. Citons encore l'aspiration au plaisir ou à l'amour : beaucoup de jeunes gens, craignant que les carcans du travail ne les entraînent au sacrifice de leur jeunesse, limitent au minimum leurs obligations professionnelles et préfèrent s'épanouir dans la culture de leur ego et/ou la séduction d'autrui.

Complémentaires, les préoccupations de longévité et de plénitude, qui déterminent les choix de vie individuels, sont aussi indissociables : sans survie biologique, il n'est pas de plénitude possible ; sans l'estime de soi et la perspective de s'élever, il n'est pas de longévité désirable.

En conséquence, longévité et plénitude se retrouvent dans des proportions variables d'une personne à l'autre. Il serait abusif de les rassembler sous le vocable de survie , dont le sens usuel est limité au maintien en vie et exclut donc le concept de plénitude. Je suggère le néologisme sur-vie , construit par l'adjonction du préfixe sur  à vie. La sur-vie, écrite de cette façon, révèle un double sens : elle inclut la longévité, au sens où l'entendent par exemple les disciples de Darwin lorsqu'ils évoquent la lutte pour la vie ; mais elle déborde le cadre de la vie biologique à l'état  brut et traduit l'idée d'un dépassement, l'idée que les hommes attendent davantage que le minimum biologique vital qui leur est conféré à la naissance. Elle inclut de ce fait la plénitude [6].

Universalité de la sur-vie

Avec ses deux pôles, longévité et plénitude, la sur-vie englobe toutes les aspirations humaines et les activités qui en découlent.

Est-il concevable qu'un homme agisse pour d'autres motifs que son intérêt vital ou son développement personnel ? Parmi les comportements et activités qui définissent sa conduite, en est-il qui soient étrangers à son impératif de sur-vie ? — Ces éventualités supposent que l'homme adopte un comportement qu'il sait sciemment défavorable tant à sa longévité qu'à sa plénitude. Si le comportement ne se justifie pas par le désir de combler au mieux ses aspirations à la longévité ou à la plénitude, il reste trois justifications possibles : 1) l'individu préfère le court terme au long terme, un intérêt inférieur immédiat à un intérêt supérieur futur, le plaisir et la jouissance à la conservation de sa santé ; 2) l'individu agit en fonction d'un autre intérêt que le sien ; ce peut être pour une entité abstraite (État, religion, Parti), par amour pour une personne dont il préfère la survie à la sienne propre ou par pur altruisme ; 3) l'individu agit sciemment dans un sens nuisible à ses intérêts ; ce peut être par haine d'autrui, par désir d'auto-destruction ou pour quelque autre raison. Soit à examiner les limites de ces trois justifications :

              1) Le plaisir:

La recherche du plaisir figure en bonne place, sinon parfois de façon exclusive, parmi les moteurs de la conduite, selon l'enseignement de Jeremy Bentham, de John Stuart Mill et, plus près de nous, des psychologues de l'école behavioriste. L'utilitarisme de Bentham et Mill, comme d'ailleurs le behaviorisme de Watson, réduisent les comportements humains à la recherche du plaisir et à l'évitement de la souffrance. Ce seraient les premiers guides, sinon les seuls, de notre conduite.

Ces penseurs voient dans le plaisir la récompense de l'action… et se laissent aller à conclure que le plaisir est le but de tout comportement. La réplique appartient à Joseph Nuttin : « La thèse que c'est vers le plaisir que l'homme tend, et que la tendance au plaisir est le fond même de toute motivation, nous fait penser à un autre principe qu'au cours des siècles beaucoup de philosophes ont avancé, à savoir que l'homme tend vers "le bien". Il est difficile de ne pas être d'accord avec ce postulat, surtout que, chez ces philosophes, le bien se définit comme "ce vers quoi l'homme tend". Pour le psychologue, le plaisir est la forme subjective du bien, il se définit également comme "ce vers quoi le comportement se dirige". On est donc en pleine tautologie. » [7]

Je me rallie tout entier à ce point de vue et je m'empresse de préciser les significations qui restent au mot plaisir : le plaisir désigne aussi bien (a)  le soulagement qui suit le comblement d'une carence ou d'une tension, (b) l'excitation qui accompagne un jeu, un acte de débauche, (c) le refus de toute action épuisante et la recherche d'une idéale ataraxie. Autant de comportements auxquels le sens commun associe le mot plaisir, sans qu'il y ait rien de comparable entre eux sinon qu'ils mènent l'individu à un état de plus grande satisfaction, plus ou moins durable.  Temporaire, le plaisir est aussi inopiné. On ne le planifie pas, on le saisit quand son opportunité se présente.

              1a) La version (a) du plaisir ne prête guère à discussion: le soulagement d'une quelconque carence procure une satisfaction momentanée assimilable à un sentiment de bien-être ou de plaisir. Il concourt à la longévité.

              1b) Le plaisir le plus authentique, c'est le plaisir version (b), que l'on recherche pour lui-même sans préjuger des conséquences qu'il pourrait avoir sur l'avenir. Onanisme et gourmandise en sont deux formes individuelles. Il en existe aussi une forme sociale, avec les jouissances qui entourent les relations sexuelles et les jeux.

Toutes les formes de plaisir version (b) débouchent sur une excitation temporaire des sens bénéfique à l'équilibre de la personne. Le rire, le rire franc et éclatant, en est l'expression la plus remarquable. Jean Fourastié, dans un essai plein d'allant (Le rire, suite), prête au rire la vocation de rapprocher les deux parties du cerveau, le néocortex, où siège la pensée rationnelle, et le système limbique, où siègent les émotions: en rompant les déterminismes et les certitudes propres à la pensée rationnelle, le rire aère celle-ci et l'empêche de se fossiliser. Comme le rire, le plaisir jouissif, malgré ses apparences de gratuité, renforce la conscience de soi et concourt à la plénitude de l'individu. Il participe de la sur-vie [8].

              1c) Il serait incorrect de citer les plaisirs actifs et d'oublier la paresse et la contemplation, qui apparaissent comme leur antidote, le refus de l'excès et de la dépense. Version (c) du plaisir, elles contribuent à l'apaisement du corps et de l'esprit. Quoi de plus sain, il est vrai, que de détendre ses sens et de les cultiver par la contemplation artistique et musicale! Quoi de plus sain que d'offrir au corps le rythme d'activité qui lui convient le mieux et lui permet de durer le plus longtemps possible ! Paresse et contemplation participent au désir d'économiser les forces dans la perspective d'actions futures. Par là, ces formes passives du plaisir concourent à la longévité ainsi qu'à la plénitude. Elles coïncident avec l'impératif de sur-vie, soit que les personnes concernées doivent composer avec les obstacles à l'épanouissement de leurs aptitudes innées, soit que leur vitalité naturelle est trop faible pour leur permettre des exploits qui les épuiseraient prématurément.

En conclusion, le plaisir remplit la vie de sens par toutes ses facettes. Mais il n'est pas une finalité en soi. Réduire la conduite humaine à la recherche du plaisir fait fi de beaucoup de comportements qui acceptent la souffrance ou l'effort immédiats comme le prix à payer pour une satisfaction supérieure: altruisme, dévouement, satisfactions intellectuelles, exploits sportifs, etc. L'impératif de sur-vie  apparaît autrement plus satisfaisant que le critère de plaisir comme moteur de la conduite humaine! Le plaisir est une voie parmi d'autres vers la sur-vie.… même lorsqu'il se donne l'air de le nier ou de l'oublier. Il offre à chacun:

- l'occasion de vérifier la conformité de ses actions avec son impératif de sur-vie, à travers les sensations de bien-être et de contentement selon le plaisir version (a),

- une conscience plus aigüe de soi, à travers le plaisir en solitaire dans sa version (b): je me fais plaisir, je m'aime, donc j'existe; à travers aussi le plaisir convivial: les autres ont plaisir à vivre avec moi, donc j'existe,

- une stimulation des ressources intellectuelles et mentales ; dans ses versions (a) et (b), qui débouchent sur une surexcitation passagère, le plaisir évite au système neuro-cérébral une rigidification ou un étiolement néfastes à la sur-vie,

- la faculté d'économiser les ressources individuelles, selon la version (c).

              2) L'altruisme :

La générosité, la charité, le dévouement, la compassion, l'action philanthropique et sociale ont-elles à voir avec l'intérêt personnel? Sont-elles liées à l'impératif de sur-vie? L'hypothèse est paradoxale dans la mesure où l'altruisme et la morale présupposent que les individus sacrifient une part de leur intérêt au profit d'autrui ou de la chose publique.

— Je distingue trois niveaux d'intérêt ou de bénéfice dans l'altruisme: l'un relève d'un calcul plus ou moins conscient des pertes et profits d'une action charitable; l'autre, d'une élévation de soi et d'un apaisement de la conscience; le dernier, enfin, d'un désir d'intégration dans la communauté humaine.

              2a) Au premier niveau, le plus frustre, l'altruisme débouche de façon évidente sur un profit concret pour son auteur. Il apparaît comme un moyen parmi d'autres, parfois le plus efficace, d'accéder à ses buts. L'homme politique est le professionnel type de la générosité. Il acquiert puissance et privilèges par sa capacité à procurer de l'espérance et des perspectives de dépassement à ses concitoyens. Les  possédants et les membres de l'oligarchie, quant à eux, sont conscients de l'utilité des pratiques altruistes. Ils se préoccupent du sort de leurs concitoyens plus mal lotis et acceptent des mesures sociales et politiques qui leur sont défavorables parce qu'ils voient leur profit à long terme dans la préservation de la paix sociale.  « Ethic pays » (la morale est payante) proclament volontiers les professeurs de vertu américains [9].

Les anciens Grecs accordaient à cette formule une valeur universelle. Quand Homère évoquait la traditionnelle hospitalité grecque, c'était pour rappeler que celle-ci était un prêté pour un rendu : je t'accueille aujourd'hui parce que je crois que toi ou l'un de tes semblables est en mesure de me rendre un jour la pareille [10].

Les solidarités familiales, claniques et civiques sont acceptées et entretenues avec ferveur parce qu'elles apparaissent à chacun comme favorables en dernier ressort à sa sur-vie. C'est en fonction de soi que l'on agit, non par rapport à une quelconque exigence collective. Les cadeaux rituels ou spontanés que l'on fait à des proches ou à des relations entrent dans cette logique: ils entretiennent les liens affectifs ou les resserrent, ils contiennent en eux leur récompense. Mon propos n'est certes pas de peindre de couleurs sombres les manifestations ordinaires de charité. Celles-ci sont pour une bonne part sincères et bien intentionnés. Mais il n'empêche qu'en dernière analyse, elles rejaillissent sur l'intéressé par un supplément de bien-être à long terme et, donc, une sur-vie mieux assurée.

              2b) Au deuxième niveau, l'altruisme cesse d'être un moyen plus ou moins intéressé de consolider les conditions de survie et de longévité. Il devient une composante de la plénitude. Qu'il s'agisse de charité, de compassion, de cadeau à un mendiant inconnu, le bénéfice, pour le donateur, est tout en spiritualité. Il apaise la conscience, voire l'élève. Selon les principes que le christianisme a sublimés dans la confession et la pénitence, l'action altruiste la plus désintéressée fait office de correctif à des manquements antérieurs de l'individu à son désir d'humanisation ; brutalités, mensonges, trahisons, faiblesses dont les relents polluent durablement la conscience. Le donateur se grandit à ses propres yeux, il se réconcilie avec lui-même et se sent plus digne de revendiquer sa place dans la société des hommes. Son sentiment d'existence s'en trouve renforcé. «Donner est source de plus de joie que recevoir, non parce qu'il s'agit d'une privation, mais parce que dans le don s'exprime ma vitalité» (Erich Fromm) [11].

              2c) Avec une conscience morale hyperdéveloppée, soutenu par sa foi religieuse ou philanthropique, l'individu en arrive à assimiler le sort de la communauté ou de l'humanité au sien propre («Rien de ce qui est humain ne m'est étranger», dit l'humaniste). Son impératif de sur-vie est subordonné à la représentation qu'il se fait du monde idéal et à son accomplissement. Il accepte jusqu'au sacrifice de sa vie pour la sur-vie de ce à quoi il croit par-dessus tout. C'est le suicide héroïque que s'impose par exemple le prisonnier craignant de livrer ses amis sous la torture. Socrate boit la cigüe par déférence envers l’État; il accepte la mort parce qu'il est convaincu que l'autorité de l’État et sa permanence ont une valeur plus importante que la survie d'un citoyen. Amer dilemme : violer la loi en refusant sa condamnation constituerait pour lui un renoncement aux convictions qui donnent un sens à sa propre existence. Sous cet aspect comme sous le précédent, l'altruisme relève in fine  de la sur-vie. Erich Fromm l'exprime à sa façon, dans une jolie formule : « L'amour [au sens d'altruisme] n'est pas essentiellement une relation à une personne spécifique; plutôt que de porter sur un seul "objet", il consiste en une attitude, une orientation du caractère en vertu de laquelle la personne se sent reliée au monde comme un tout. » [12]

              3) Auto-destruction, haine et motivations pathologiques :

Interpréter les manifestations d'agressivité ou d'(auto-)destruction demeure malaisé en raison du clivage imprécis entre une démence, un comportement pathologique et une quête passionnelle de la plénitude. Dans quelle mesure pouvons-nous juger de l'équilibre ou de la santé d'un individu ? — Sans un minimum d'agressivité, pas de succès possible dans la lutte pour la sur-vie; car l'agressivité témoigne usuellement de la vigueur des besoins, de l'intensité des forces intérieures qui meuvent l'organisme vers sa sur-vie. L'auto-destruction physique trouve elle-même des justifications au regard de la sur-vie; il arrive ainsi qu'un individu équilibré se découvre des motifs supérieurs de sacrifier sa santé et son équilibre.

Mais, de toute évidence, les comportements humains ne sont pas tous conformes à un impératif de longévité ou de plénitude. L'observation courante atteste, hélas, de comportements contraires à l'affirmation de soi et au plus élémentaire souci de l'intérêt individuel: volonté d'auto-destruction pouvant aller jusqu'au suicide, agressivité et manifestations gratuites de haine envers autrui, repli dans la solitude, soumission volontaire à un conjoint ou un parent abusif, choix de vie néfaste (consommation de drogues et d'alcool)…

Le suicide pathologique est l'illustration extrême de l'impuissance à prendre conscience de soi et s'affirmer. Deux motifs à cela: a) le sujet interprète faussement les signaux qui lui viennent du tréfonds de sa conscience; il ne perçoit dans son avenir aucune perspective de plénitude et perd toute raison de vivre; b) confronté à des obstacles réels ou supposés, le sujet ne trouve pas en lui les ressources qui lui permettraient de les surmonter et d'aller vers la plénitude; il en éprouve désespoir et douleur et ne voit d'issue que dans le geste fatal. La victime est ainsi entraînée par son appréciation délirante de la réalité.

L'agressivité peut, comme le suicide, s'expliquer par une déficience de la capacité à se réaliser par soi-même. Elle prend alors le visage de la haine et de la destruction immotivées et conduit à des attitudes préjudiciables à soi. L'individu décharge sa haine sur autrui parce qu'il désespère de trouver en lui les ressources qui répondent à son impératif de sur-vie. Incapable de s'épanouir par la créativité, par la valorisation de ses talents, par le dévouement à la communauté, il cherche des consolations. Les ressentiments et les haines, par l'abaissement de l'autre, lui permettent de relativiser ses propres carences et de rehausser par défaut le peu d'estime en lequel il se tient. Au degré le plus élémentaire, il pratique l'objection et la contradiction, se plaît à humilier autrui. À un degré extrême, il cultive la vindicte idéologique, raciale, sociale ou autre.

L'accaparement inconsidéré de biens et d'argent et la thésaurisation constituent, comme la violence, des succédanés à l'affirmation positive de soi. L'avare élargit son Moi aux biens dont il est propriétaire. Il considère ceux-là comme une part de lui-même et en tire l'illusion d'une sur-vie mieux assurée.

Abraham Maslow explique l'agressivité par le manque d'intelligence, de courage ou de perspicacité, par l'inaptitude à se comprendre. Il fait valoir que la haine et la destruction n'existent que chez les adultes, comme la conséquence d'un mal-être d'ordre pathologique. Les enfants et les animaux n'ont pas, selon ce qui lui semble, d'attitude sciemment agressive. Moins perturbés que les adultes par les signaux extérieurs, ils seraient mieux à même de s'affirmer en toute indépendance d'esprit.

À l'origine des attitudes violentes ou (auto-)destructrices, certains chercheurs désignent les carences affectives et éducatives de la tendre enfance. D'autres font valoir un dysfonctionnement du système neuro-cérébral, la déficience d'un capteur ou d'un relais. Il appartient à la science de confirmer ou d'infirmer l'idée selon laquelle les proportions d'adrénaline ou d'autres substances chimiques seraient responsables de manifestations de violence irraisonnées, par exemple en annihilant certaines facultés d'écoute des besoins. Il est montré que nombre de personnes hargneuses et agressives sont victimes d'une lésion cérébrale ou d'une maladie nerveuse; c'est Folcoche, la mère odieuse de Vipère au poing, roman d'Hervé Bazin. De récentes études attestent d'une prédisposition génétique au suicide (mais tous les suicides ne sont pas nécessairement liés à cette prédisposition). Ces études s'accordent avec l'hypothèse d'un capteur neuro-somatique dont la défaillance ou la fragilité empêcherait l'individu d'analyser sereinement les composantes de son impératif de sur-vie. Les comportements pathologiques ou irraisonnés, de toute évidence contraires à l'épanouissement individuel, prennent leur source dans une prédisposition génétique, aggravée par un environnement familial néfaste. Ils se manifestent d'eux-mêmes ou à la faveur d'un facteur déclenchant, d'origine virale ou accidentelle.

L'individu qui manifeste des comportements de toute évidence contraires à ses intérêts ne nie pas l'objectif de sur-vie. Simplement, il agit sur la base d'un raisonnement fallacieux parce qu'il ne sait pas écouter ni répondre à ses aspirations intimes, parce qu'il a perdu le contact avec son environnement. À ce titre, ses comportements relèvent de la pathologie.

              Conclusion:

Après un tour d'horizon des comportements a priori  les plus étrangers à la sur-vie - le plaisir, l'altruisme et l'(auto-)destruction -, ayant fait le constat qu'ils ne sont pas sans lien avec elle, convenons qu'il n'existe pas d'aspirations étrangères à la sur-vie . Le lecteur peut considérer qu'il s'agit, somme toute, d'une tautologie : survivre est d'évidence une préoccupation universelle. Là où le concept dérange les idées convenues, c'est dans l'affirmation que l'individu prime sur la société. Les comportements humains sont dictés in fine  par les choix individuels relatifs à la sur-vie. Sauf sous la contrainte, aucun homme n'agit s'il ne trouve pas dans l'action un intérêt personnel. La société fournit des solutions mais n'intervient pas dans l'émergence des aspirations (désir de se tenir en bonne santé, de s'affirmer, d'aimer et d'être aimé, etc).

 
[1] L'image voltairienne d'un Grand Horloger, ordonnateur de toutes choses, n’est plus de saison. Observons seulement qu’aucun observateur n'est en mesure de démontrer que notre espèce serait mue par un but transcendantal qui donnerait un sens à la Création. Si un tel but existait, son intelligibilité serait de toute façon hors de notre portée car elle supposerait, en bonne logique, que l'observateur se hisse au-dessus du commun des mortels et surpasse leurs facultés d'entendement.
[2] James E. Lovelock (La terre est un être vivant ) souligne le caractère cybernétique de la biosphère, avec ses rétroactions négatives qui préservent vaille que vaille un équilibre précaire et quasi-miraculeux entre toutes les composantes de la vie. Les conclusions qu'en tire le chercheur britannique sur la nature de la planète, vue comme une personne vivante, n'en restent pas moins sujettes à discussion.
[3]  Voir l'essai du biologiste français Jacques Monod, Le hasard et la nécessité .
[4] Ces vues sont à l’opposé de la formule suivante, que je réprouve absolument : « Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience » (Marx K., Contribution à la critique de l'économie politique).
[5] Maslow A., Motivation and personnality , Harper & Row, New York, 1987, page XX.
[6] Parmi d'autres termes similaires à celui de sur-vie, je signale self-actualization  (Abraham Maslow) et autodéveloppement (Joseph Nuttin).
[7] Théorie de la motivation humaine , PUF, 1980, page 199.
[8] Philosophes et moralistes ont brodé sur le plaisir version (b) et son apparente opposition avec une condition humaine toute entière orientée vers la mort. Pour Blaise Pascal, le divertissement apparaît comme une tentative de se détourner de la seule question qui vaille : quel est le sens de notre présence sur terre ? À défaut de circonvenir cette angoisse par la Foi, par une réponse positive et volontaire, l'homme ne trouve d'issue que dans le divertissement, dont le plaisir est une composante, comme le sont aussi la création, le travail, etc. À l'opposé, prenant acte de la nature mortelle de l'homme, certaines écoles de philosophie, dans la Grèce antique comme dans le monde indien, ont élaboré le projet d'éluder le combat contre la mort en le niant, en étouffant dans l'âme et le corps du sage toute vaine aspiration, y compris même la conscience de soi. Mais l'objectif de quiétude absolue - qu'on l'appelle nirvana ou ataraxie - reste une illusion impraticable. Il le demeurera aussi longtemps que l'homme sera poursuivi par la mort, anxieux de s'auto-affirmer dans le temps limité qui lui est accordé.
[9] Voir Etchegoyen A., La valse des éthiques , Paris, 1991.
[10] « On peut poser comme une règle absolue des sociétés primitives et archaïques que personne n'y donne jamais rien, marchandises, services, honneurs, sans une juste compensation, réelle ou désirée, immédiate ou différée, pour soi ou pour ses parents » (Moses I. Finley, Le monde d'Ulysse , traduction française, La Découverte, Paris, 1986, page 77).
[11] L'art d'aimer , traduction française, EPI, Paris, 1956, page 40.
[12]Ibid , page 65.

Publié ou mis à jour le : 2018-08-01 09:12:53

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Historien de l'économie, je publie régulièrement des analyses et des éditoriaux sur le site Herodote.net.
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