Le blog de Joseph Savès
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Quel avenir pour la planète ?
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Quel avenir pour la planète ?

Illusions techniciennes


Tels des pyromanes-pompiers, les ingénieurs à l'origine du dérèglement climatique proposent d'y remédier par la technique : ne changeons rien à notre mode de vie ; étendons-le même à l'ensemble de la planète mais apportons-lui quelques corrections à la marge...

Et pour le plus grand profit de quelques-uns, suggérons aux États d'investir massivement dans le développement d'énergies « propres » ou de techniques palliatives !

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L'approche technicienne a tout pour plaire ; c'est pour cela qu'on l'aime et qu'on s'y accroche sans discuter de sa pertinence :
• Les citoyens ordinaires se rassurent à bon compte : pas besoin de revoir notre mode de vie ; il suffit de manifester notre civisme écologique en triant consciencieusement nos déchets et en achetant un véhicule hybride (mi-électrique, mi-combustion).
• Pour les grands patrons de l'industrie, loin d'être une menace, le réchauffement climatique devient une « nouvelle frontière » pleine d'opportunités capitalistiques ; de quoi remédier à la panne d'investissements dans nos sociétés vieillissantes qui se meurent d'ennui.
• Les gouvernants peuvent sans remords poursuivre leur politique d'affichage, si rentable d'un point de vue électoral : d'un côté, on lance de belles phrases sur l'écologie (« Make our planet great again »), de l'autre on poursuit les investissements dans des infrastructures aussi démesurées qu'énergivores (TGV, aéroports, centres commerciaux...) ; pourquoi se priver puisque les énergies renouvelables seront « bientôt » disponibles à gogo ?

En attendant, nous nous réjouissons de nos succès dans l'incinération des ordures ménagères ou le développement des véhicules électriques sans réfléchir à leur effet négatif sur l'environnement, la biodiversité et le réchauffement climatique ! 

- incinération des déchets :

L'incinération des déchets organiques (eaux usées et déchets de cuisine) ajoute du CO2 dans l'atmosphère et surtout détruit le carbone le plus utile à la vie, celui dont est composé l'humus à la surface du sol.

Le tri sélectif des déchets organiques étant exclu, une solution plus pertinente est leur compostage ou du moins leur enfouissement avec récupération du biogaz (*).

Si cette solution est délaissée par la classe dirigeante, ce n'est pas par bêtise mais par calcul :
• L'incinération, étant beaucoup plus coûteuse que le compostage ou l'enfouissement, génère beaucoup plus de profits pour les entreprises payées par les collectivités publiques pour s'en occuper !
• D'autre part, la destruction des sols agricoles par enlèvement de l'humus carboné oblige à recourir à des engrais chimiques en quantité de plus en plus grande, avec là aussi de fructueux profits à la clé.

Côté énergies renouvelables, cessons de nous illusionner. Ces énergies sont encore très loin de répondre à nos attentes, qu'il s'agisse des éoliennes ou encore des panneaux photovoltaïques : toutes ces solutions requièrent des technologies elles-mêmes très coûteuses en énergie comme la métallurgie du silicium ou des terres rares ; elles réclament aussi des techniques de stockage (batteries) encore très insuffisantes.

- éoliennes :

Les éoliennes tournent quand il y a du vent, autrement dit, le plus souvent, par temps frais et doux. Elles sont à l'arrêt pendant les périodes de grand gel, quand elles seraient vraiment nécessaires. Leur production intermittente impose de les associer à des centrales au charbon ou au gaz, sans bénéfice pour l'environnement... Ce n'est pas sans raison que le Danemark, principal producteur et exploitant d'éoliennes (rapporté à la taille de la population), est au 4e rang des pays qui ont la plus mauvaise empreinte écologique (*).

Les éoliennes se conçoivent pour fournir de l'électricité dans des situations particulières (régions isolées et dépourvues de réseau électrique, zones marines...). Elles ne sont pas la panacée contre l'effet de serre et il est pour le moins incongru de les subventionner. Sans la possibilité de stocker leur énergie et l'exploiter au moment voulu, elles n'ont aucune utilité si ce n'est d'enrichir leurs fabricants et installateurs au détriment de l'intérêt général et de l'écologie

- automobiles :

En matière d'automobiles, d’aucuns rêvent d'un monde où ne rouleraient plus que des véhicules électriques.

Mais à supposer que soit résolu le stockage de l'énergie, il faut considérer aussi le coût environnemental et énergétique de la fabrication des voitures elles-mêmes :
• une voiture à moteur thermique (conventionnel), c'est une tonne de matériaux de haute technologie (terres rares, composites et aciers spéciaux) ; comme la voiture est destinée à être utilisée au grand maximum 5000 heures (pour 500 000 kilomètres parcourus), elle brûlera un total d’environ trente tonnes de carburant ; c’est moins d’énergie que n’en aura coûté sa fabrication !
• avec une voiture électrique, c’est bien davantage d’énergie qui est requis pour la fabrication de la voiture elle-même et de sa batterie au lithium.

Il n’est donc pas certain du tout que le passage au moteur électrique réduise en quoi que ce soit les émissions de gaz à effet de serre, d’autant que la généralisation de l’american way of life à l’ensemble de l’Eurasie et du continent américain se solde par la croissance très rapide du parc automobile, aujourd’hui d’environ un milliard d’unités. Cette croissance annule très largement toutes les améliorations qui pourraient être obtenues sur chaque unité.

L'automobile, c'est aussi, dans les zones urbaines, environ 40% de surface goudronnée rien que pour elle ! Bien plus que les humains, les automobiles et les deux-roues motorisés sont le principal facteur de saturation des villes (espace, bruit, pollution de l'air).

Des villes comme Paris (20 000 hab/km2) seraient des havres de paix et de tranquillité sans la circulation automobile qui permet pour l'essentiel à des personnes se déplaçant seules dans des monstres d'une tonne de circuler à une vitesse à peine supérieure à celle d'un piéton ou d'un cycliste !

Pour ce résultat, nous mobilisons des moyens exceptionnels, entre l'extraction de pétrole et de métaux, le raffinage du carburant, la production métallurgique et électronique, le montage des véhicules, leur promotion et leur vente, l'entretien des chaussées et la construction des autoroutes et des infrastructures. Au total, dans nos pays avancés, c'est un cinquième à un tiers des actifs qui consacrent leur vie et leur énergie à la production de ces monstres sacrés qui polluent et encombrent nos villes. C'est un énorme gaspillage de capital humain qui pourrait être mieux employé à la satisfaction d'autres besoins : alimentation de qualité, soins de santé, éducation, culture et loisirs.

Mais pouvons-nous nous passer de l'automobile sans dégrader notre mode de vie, voire en l'améliorant ? C'est ce que nous verrons plus loin... 

- « compensation carbone » :

La dernière entourloupe du marché est la « compensation carbone » : des compagnies aériennes s'engagent par exemple à financer des opérations de reforestation pour compenser leurs émissions de carbone ! Dans les faits, elles ne compensent rien car le kérosène qu'elles ont brûlé l'est définitivement et les forêts qu'elles replantent auraient pu l'être de toute façon sans leur intervention, simplement par une limitation réglementaire des déboisements au profit de plantations industrielles.

Le plus grave tient dans l'extension accélérée de notre american way of life à de nouvelles populations (Inde, Chine intérieure, Indonésie, Brésil etc). Aujourd'hui, un quart environ de la population mondiale, soit deux milliards d'hommes, qui bénéficient de ce mode de vie, à plus ou moins grande intensité. Avec les taux de croissance que connaissent les pays asiatiques, c'est la moitié de l'humanité, soit cinq milliards d'hommes qui pourraient y accéder en 2100 à supposer que la Terre le supporte.  

Si importants que soient nos progrès en matière de performance énergétique, sur l'isolation de nos logements, la consommation de nos véhicules etc., ils sont très largement annulés par cet élargissement du cercle des consommateurs-prédateurs.

Les réglementations pointilleuses, comme tel projet de directive européenne contre l'usage de pailles en plastique, sont non seulement inefficientes mais nuisibles car elles nous font oublier les véritables enjeux.

Quant à une mesure comme la surtaxation du diesel automobile, elle est non seulement inefficiente mais obscène. Sa justification écologique est aussi discutable que celle des éoliennes ou du moteur électrique. Si le diesel représente un risque pour la santé, c’est dans les métropoles, du fait de la saturation de l’air en particules fines, pas dans les campagnes où ces particules se dispersent assez aisément. Enfin et surtout, elle frappe des catégories sociales que les classes dirigeantes ont asservi à l’automobile à coup d’incitations fiscales et réglementaires, sans leur laisser d’autre choix (dépérissement des services de proximité et des lignes de bus dans les campagnes).

Si le gouvernement voulait être honnête, il surtaxerait d’abord les compagnies aériennes qui brûlent du kérosène non taxé ainsi que les compagnies maritimes qui brûlent du fioul lourd non taxé (et hautement polluant) pour déplacer conteneurs et croisiéristes aux extrémités de la planète.

Miracle du marché

Une fois écartées les illusions techniciennes, l'objectif ambitieux et nécessaire de diviser par quatre nos émissions de carbone implique une remise en question de notre mode de vie organisé autour de la voiture, de l'avion et de l'énergie (trop) bon marché. D'une manière générale, dans le tertiaire, l'industrie et le logement comme dans les transports, il est impératif que les entreprises et les particuliers engagent de très sérieuses économies d'énergie.

Cela ne se fera pas par l'amélioration de l'existant mais par une rupture technologique et sociétale. Il en est allé ainsi chaque fois que nos sociétés ont été confrontées à une impasse : au XVe siècle, quand les copistes n'arrivaient plus à fournir la demande, on a inventé l'imprimerie ; au XVIIIe siècle, quand s'aggravait la pénurie de bois, on a recouru au charbon...

Pour conjurer l'emballement climatique, les plus gros efforts seront requis dans le transport (automobiles, fret routier et avions), principal poste de consommation énergétique, mais aussi dans l'agro-industrie :
• En remodelant les villes pour permettre à chacun de s'y épanouir sans l'obligation de posséder une voiture (*),
• En luttant contre l'étalement urbain, en incitant très fortement les employeurs à s'installer au plus près des villes et des bourgs et en dissuadant les jeunes ménages de s'installer dans des zones pavillonnaires isolées, coûteuses en frais d'exploitation et en déplacements, tant pour la collectivité que pour les habitants,
• En renversant aussi la vapeur en ce qui concerne le tourisme aérien,
• En réinventant une agriculture raisonnablement intensive et respectueuse de la biodiversité.

Sur tous les points ci-dessus, les excès viennent de l'illusion d'une énergie bon marché et disponible à gogo. Ce n'est pas parce que le pétrole, le gaz et le charbon ne coûtent presque rien à extraire que nous devons en abuser.

Comme, hélas, nos technologies permettent aujourd'hui de produire l'énergie à des coûts très bas, qu'il s'agisse d'électricité nucléaire ou d'énergie d'origine fossile, c'est seulement par des taxes dissuasives qu'on pourra élever son prix et encourager particuliers et entreprises à l'économiser. Disant cela, nous ne faisons qu'appliquer les enseignements les plus classiques de l'économie politique. Il s'agit que, confronté à une énergie devenue beaucoup plus chère, chacun, guidé par son intérêt, se porte vers des solutions alternatives économes en énergie.

N'oublions pas, à la suite d'Adam Smith, que c'est l'intérêt qui fait marcher les hommes : « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais plutôt du soin qu’ils apportent à la recherche de leur propre intérêt. Nous ne nous en remettons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme » (Adam Smith, La Richesse des Nations). La contrainte et l'incantation morale ne peuvent remplacer l'intérêt égoïste que très imparfaitement et jamais de façon définitive... Quel écologiste militant peut jurer qu'il ne se résoudra pas un jour à acheter une voiture si le contexte social et économique lui rend la vie impossible en transports en commun ou bicyclette ?

Mais peut-on accroître la pression fiscale sur les entreprises et les particuliers ? Non ! C'est pourquoi nous préconisons de redistribuer intégralement le produit des taxes sur l'énergie à l'ensemble des particuliers sous la forme d'une allocation forfaitaire ! Ainsi chaque citoyen aura le loisir de réviser ses choix de consommation généralement sans baisse de son pouvoir d'achat. Voyons cela de plus près...


Publié ou mis à jour le : 2018-12-01 18:52:08

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Historien de l'économie, je publie régulièrement des analyses et des éditoriaux sur le site Herodote.net.
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