Le blog de Joseph Savès
Herodote Facebook Herodote Twitter Herodote Youtube
>
Quel avenir pour la planète ?
Publicité

Quel avenir pour la planète ?

Introduction


Jamais on n'a aussi bien vécu que vous et moi aujourd'hui ! Nourriture variée et surabondante, soins quasi-gratuits, loisirs innombrables... Nous ne sommes pas prêts à sacrifier ce confort et c'est bien pourquoi nous restons si timorés face au réchauffement climatique.

Les uns d'entre nous nient la réalité à l'image de l'hôte de la Maison Blanche et de ses partisans (*). Les autres attendent de nouvelles preuves pour se mobiliser en dépit de la multiplication des accidents météorologiques dans le monde, plus fréquents et plus graves d'année en année : sécheresses, canicules, inondations, ouragans, fonte des glaces, recul des glaciers. Et la plupart apaisent leur conscience par des actes sans conséquence comme trier les déchets, s'équiper d'une voiture électrique ou de panneaux photovoltaïques ou signer une pétition pour dénoncer l'inaction de l'État, autrement dit de nous-mêmes, le peuple !

Télécharger le document sous format d'ebook et imprimez-le
 

Notre mode de vie, premier responsable

Nous nous proposons de décrire et d'identifier les causes du réchauffement climatique mais aussi des autres maux qui affectent tout ou partie de l'humanité : menaces sur la biodiversité, dégradation des sols, villes polluées, dépossession des paysanneries traditionnelles, surexploitation des populations ouvrières (*).

L'ensemble de ces maux dérive d'un choix de société particulièrement prédateur, l'american way of life. Ce mode de vie a émergé au début du XXe siècle aux États-Unis. Il associe la prédation façon chasseurs-cueilleurs du Paléolithique aux moyens techniques de l'ère nucléaire. Avec une capacité de destruction sans précédent, il tourne le dos à la gestion parcimonieuse des ressources naturelles, comme la pratiquaient les paysans d'Europe et d'Asie jusqu'au XXe siècle.

Depuis 1945, ce mode de vie n'est plus la propriété exclusive des Américains. Il fait aussi le bonheur d'une fraction croissante des Occidentaux.

Empêtrés dans nos habitudes de confort et aveuglés par nos présupposés politiques (ne surtout pas sacrifier « la croissance »« les emplois »« le tiers monde » !), nous n'imaginons même plus d'alternative. Au contraire, nous envisageons d’étendre notre mode de vie à l’ensemble de l’humanité tout en nous donnant bonne conscience avec des aménagements à la marge (développement des éoliennes et des voitures électriques) !

Faute de mieux, nous voudrions nous convaincre que la baisse de la natalité soulagera la planète. Illusion. D'une part, les habitants des pays les plus développés polluent davantage d'année en année à mesure qu'ils font moins d'enfants ! D'autre part, au train où vont les choses, notre planète aura le temps de mourir bien avant que notre infécondité ne produise ses effets.

Au fond de nous-mêmes, nous savons tous que notre mode de vie calqué sur celui des Américains n'est pas durable et encore moins généralisable à l'ensemble de l'humanité. 

Il perturbe de plus en plus les privilégiés que nous sommes : burn-out au travail, éclatement des structures familiales, nouvelles inégalités. Une bonne part de ces phénomènes sont induits par la perte de sens de nos vies : beaucoup d'entre nous, dans les entreprises et les administrations, n'avons plus en vue notre épanouissement et la satisfaction de nos semblables mais des profits pour les actionnaires et des économies comptables pour les élus. Nous en perdons même le mobile premier de tous les êtres vivants : transmettre. 

Que pèsent à côté de cela les prodiges des petits génies de la Silicon Valley en matière de multimédia, de téléphonie, de domotique et de transhumanisme ? Devons-nous interpréter comme un gain économique le remplacement prochain des abeilles par des pollinisateurs artificiels ? Le développement des techniques de PMA (procréation médicalement assistée) va-t-il compenser les effets ravageurs des perturbateurs endocriniens et des particules fines sur la fertilité humaine ?...

Plus gravement, notre mode de vie en vient aujourd'hui à générer plus d'inconvénients que de gains : l'espérance de vie commence à reculer aux États-Unis et dans quelques autres pays « avancés », l'alimentation est source de nouvelles épidémies dont l'obésité, l'agro-industrie et la pollution urbaine affectent nos organismes (asthme, diminution des spermatozoïdes...), nos étés deviennent des fournaises, les transports urbains et la compétition pour l'emploi sont sources de stress et ne nous laissent plus le temps de nous divertir et aimer, nos campagnes et nos villes façonnées par quarante générations deviennent des capharnaüms où la laideur le dispute à l'insignifiance. Et ne parlons pas des dégâts sociaux et environnementaux causés dans les pays fragiles qui n'ont pas su prendre le train en marche (Afrique, Asie du sud, Amérique latine...).

Une « taxe énergie » intégralement redistribuée

Notre addiction à la consommation de biens éphémères est d'abord due au trop faible coût de l'énergie (carburants, fioul, électricité…). Depuis cinquante ans (1970), il a plus ou moins diminué de moitié en valeur réelle par rapport à l’évolution générale des prix.

Cette pression irrésistible en faveur des solutions les plus énergivores est un pousse-au-crime qui encourage la surconsommation et les gaspillages et que rien ne justifie : il y a mille et une façons d’entretenir la croissance et améliorer le bien-être de chacun sans pour autant détruire les ressources naturelles, brûler les énergies fossiles et piller les régions les plus pauvres de la planète.

Non seulement les gouvernements sont complices de cette baisse tendancielle du prix de l'énergie qui sert les milieux d'affaires et calme les colères populaires mais ils mènent aussi des politiques publiques qui favorisent l'extension indéfinie des villes, l'agro-industrie prédatrice, la délocalisation des activités et l'exploitation de la misère.

Un fois posé le diagnostic, les remèdes en découlent d'eux-mêmes : défaire toutes les législations qui encouragent la prédation (par exemple la destruction des sols naturels par la « rurbanisation ») et en premier lieu relever fortement le prix de l’énergie.

Pour cela, nous préconisons une solution incitative et même populaire : une taxe sur les énergies primaires toute entière redistribuée aux citoyens sous la forme d’une allocation forfaitaire. Ainsi chacun pourra-t-il librement arbitrer en faveur de consommations plus sobres sans altérer son bien-être. Au diable les fausses promesses des gouvernants, des élus et des affairistes sur les aides publiques à la « transition écologique », faisons confiance aux citoyens pour décider eux-mêmes de leurs choix de consommer plus ou moins « vert » sans perte de revenu.

Nous verrons qu'une taxe énergie de 50 centimes pour 10 kWh intégralement redistribuée rapporterait cent euros par mois à chaque citoyen ! Ainsi chacun pourrait-il couvrir aisément son supplément de dépenses et surtout se réorienter vers un mode de vie moins énergivore, pour le plus grand bénéfice de la planète.

Ne s'arrêtant pas à la mise en place de cette taxe énergie redistribuée, l'État doit aussi réorienter la législation vers l'intérêt général, par exemple en densifiant les villes et en revivifiant les bourgs, en favorisant la mobilité professionnelle et résidentielle, en augmentant aussi les aides aux paysans tout en déduisant de ces aides les achats d'engrais et pesticides...   

Les solutions sont donc à notre portée. De nature essentiellement fiscales, elles sont relativement indolores et souriantes, même si cela peut surprendre. Elles sont porteuses d'espérance et de nature à rendre confiance en l'Homme et en la Nature. Elles peuvent être conduites pays par pays, avec un avantage concurrentiel et moral pour celui qui ouvrira la voie aux autres. Il n'y manque que la volonté politique et pour les citoyens l'audace de s'engager dans ce combat par leur vote et par un soutien sans faille aux élus et aux gouvernants qui auront le courage d'affronter le vieux monde des corporations et des multinationales avides de profits à court terme. 

« Gilets jaunes » et écologistes, même combat !

La taxe énergie redistribuée peut réconcilier les travailleurs, chômeurs et retraités confrontés aux difficultés de l'heure et les idéalistes pressés d'en finir avec un mode de vie insensé. Les uns et les autres, « Gilets jaunes » et écologistes pourraient se concerter au niveau national et même européen pour exiger au moins, dans un premier temps, de taxer le kérosène et le carburant maritime au même niveau que les autres énergies et de redistribuer la recette à chaque citoyen sous forme d'allocation forfaitaire.

On entend d'ici les cris d'orfraie : « Comment ! Mais la détaxation du kérosène et du carburant maritime fait l'objet d'une convention internationale ! » Cette convention de Chicago remonte à une époque (1945) où l'on méconnaissait le réchauffement climatique et où les industriels et les gouvernants voulaient à tout prix favoriser le transport aérien et maritime. Nous n'en sommes plus là.

Unis et résolus, en mobilisant leurs députés, voire en bloquant les ports et les aéroports, les citoyens européens peuvent obtenir de leurs dirigeants qu'ils dénoncent unilatéralement ces conventions, comme Washington a dénoncé les accords de Paris sur le climat (2015) ou encore le traité de dénucléarisation conclu avec l'Iran (2014). Cela serait le premier pas véritable vers le sauvetage de la planète. Est-il permis de rêver ?


Publié ou mis à jour le : 2019-02-14 18:51:13

Accompagnez-nous
Laissez votre email afin de recevoir notre lettre

Joseph Savès anime le groupe de réflexion Nos utopies avec, à ses côtés, un démographe et le créateur du site d'Histoire Herodote.net. Lui-même enseigne l'Histoire économique dans un institut supérieur des affaires en Suisse.

Il réunit ici ses billets sur l'actualité ainsi que ses analyses et ses propositions d'ordre politique. Utopiques parce que résolument décalées par rapport aux discours convenus, celles-ci n'en sont pas moins lucides, concrètes et réalisables.


 

Parce que les besoins sont à la racine des échanges et de l'économie...
 

L'instrument de la solidarité et de la souveraineté
 

L'Allocation universelle, une utopie fondatrice...
 

Une échelle des prix insensée à l'origine du réchauffement climatique
 

Migrations préjudiciables à toutes les parties...
 

Et le rêve est devenu cauchemar...
 
Publicité