Le blog de Joseph Savès
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Entreprises et concurrence
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Livre 6 : Entreprises et concurrence

Chapitre 2 - La production et les coûts


Introduction à la production

Les entreprises comme les individus, les personnes morales comme les personnes physiques, achètent, consomment, produisent et vendent des marchandises. Il est convenu d'appeler facteurs de production les intrants ou les consommations d'une entreprise.

La production d'une marchandise quelle qu'elle soit (bien matériel, service ou prestation intellectuelle) fait appel à plusieurs fonctions indispensables dont, en premier lieu, le travail direct, celui de l'ouvrier devant son établi ou du journaliste devant son téléphone et son micro-ordinateur. Elle inclut de même l'approvisionnement et les transports, l'encadrement et l'administration, les achats de matières premières, de composants élémentaires, de sous-ensembles et d'outillages, ainsi que les prestations de services extérieures. Elle fait aussi appel à des dépenses d'encadrement et d'administration, ainsi qu'à des apports en capital et à des investissements.

Parmi les fonctions qui entrent dans la structure de production, il en est qui occupent une place originale. Ainsi, le développement initial d'un procédé ou d'un produit est à prendre en compte dans le coût. C'est en effet une forme d'investissement. La Recherche et Développement ne conditionne pas la réalisation des objectifs immédiats mais apparaît comme une assurance sur l'avenir et une protection face aux risques de la concurrence et aux aléas de l'environnement technique et social. L'entreprise bien gérée veut être en mesure de réagir si une modification des techniques ou des goûts rend caduque l'utilité de ses produits. Certaines entreprises osent vivre sans R&D comme certains individus sans assurance ; et, avec beaucoup de chance, cela peut ne pas trop mal leur réussir. La publicité et le réseau commercial font aussi partie intégrante du coût d'une marchandise dans la mesure où, sans eux, il n'y a pas de possibilité d'atteindre le chiffre d'affaires escompté. Tout cela se ramène in fine  à du travail : les matières premières, les biens intermédiaires et les prestations de services, ainsi que les investissements, rémunèrent le travail effectué par les fournisseurs… et par les fournisseurs des fournisseurs.

À la répartition fonctionnelle de la production (travail direct, approvisionnement, publicité et réseau commercial, frais généraux et administratifs, investissements, capitaux...) se superpose une classification physique : les ressources mises en œuvre par chacune des fonctions. Ces ressources sont réunies sous l'expression générique facteurs de production . Elles incluent l'énergie musculaire et neuronale mesurée en temps de travail (manœuvres, employés, ouvriers, cadres, dirigeants), les matières premières brutes (énergie fossile, eau, minerais, bois...), les biens intermédiaires (tôles, tourteaux, sels nylons, électricité...), les biens d'équipement (machines, ordinateurs), les produits finis (micro-ordinateurs, papeterie...). Elles incluent par extension les ressources financières nécessaires à l'entreprise, soit sous la forme de capital social, soit sous la forme d'emprunt. Ces ressources financières sont assimilables à un service qui permet à l'entreprise de préfinancer ses investissements, contre la promesse d'une rémunération future (dividende versé à l'actionnaire ou intérêt versé au créancier).

Les facteurs de production ne se distinguent pas des autres marchandises

La distinction usuelle entre les biens destinés à la consommation finale des individus et les biens intermédiaires est parfaitement artificielle au regard de l'analyse économique.

Les économistes de tous bords distinguent : 1) les facteurs de production, ou biens intermédiaires, destinés à des entreprises de production ; 2) les biens de consommation proprement dit, destinés à des individus-consommateurs. La distinction, quoique sympathique, est doublement vaine car, d'une part, elle ne mène à aucune conclusion féconde, d'autre part, elle suscite des objections rédhibitoires du fait que beaucoup de ressources et de biens peuvent servir comme bien intermédiaire ou comme bien de consommation. Comment faire le tri, par exemple, parmi les achats de l'artisan qui confond les outillages destinés à son activité professionnelle et ceux destinés à sa consommation personnelle ? Comment ne pas considérer que les grandes entreprises et les administrations sont aussi des consommateurs (voitures de fonction, logements de service, notes de frais...) ?

Les facteurs de production ne se distinguent pas stricto sensu  des autres opportunités. Comme elles, ils ont vocation à combler des besoins, en l'occurrence ceux de l'entreprise en lutte pour sa sur-vie. Comme elles, ils sont un composé de ressources individuelles (énergie, intelligence, habileté physique...) et de ressources environnementales (matières premières et sources d'énergie fossiles). Qu'il s'agisse de travail salarié, de prestations de services, d'achats de machines ou de biens matériels consommables (énergie, matières premières artefacts), ils font l'objet d'un échange à l'égal de toute autre marchandise. Ils sont affectés d'un prix que l'entrepreneur, comme tout un chacun, négocie librement avec le fournisseur.

Les ressources environnementales sont des facteurs de production ordinaires et n'échappent pas à la règle du marché. Elles ont le prix que proposent ceux qui en disposent : émirats pétroliers, compagnies minières, raffineries, traiteurs d'eau, compagnies d'électricité... et que veulent bien payer ceux qui en ont besoin. Leur prix est au minimum égal à ce qu'il en coûte  en frais de prospection, d'exploitation et de traitement, qu'il s'agisse de la rémunération des hommes, de l'achat et de l'amortissement des consommables et des machines ; il est au maximum égal à la valeur que prêtent les utilisateurs potentiels à ces ressources.

En définitive, les facteurs de production sont assimilables à une marchandise. Ils s'inscrivent dans des circuits d'échanges : depuis l'extracteur de matières premières jusqu'au consommateur, en passant par le transformateur, l'assembleur et le distributeur, toutes les personnes physiques et morales qui interviennent l'une après l'autre dans la production, la vente et la consommation d'une marchandise quelconque prennent place dans le même circuit d'échanges.

Aparté sur le travail et  son prix

Le marché du travail reste des plus étroits, contenu entre trois barrières qui sont le cadre géographique, le niveau de qualification et le secteur d'activité. C'est dans ces limites que s'harmonisent les niveaux de rémunération.

Comme les autres facteurs de production, le travail se ramène à une marchandise. Il est rémunéré sous forme d'honoraires ou de salaire selon qu'il se rapporte à une prestation particulière ou fait l'objet d'un contrat pour une durée prédéterminée. Le prix du travail dépend du besoin qu'en ont les acquéreurs éventuels ainsi que des conditions auxquelles l'intéressé consent à mettre ses ressources individuelles, son temps, ses compétences et ses facultés au service d'autrui.

Dans un secteur d'activité et dans une même zone géographique, les entreprises tendent à s'aligner sur les mêmes niveaux de salaires dans la mesure où elles disposent de moyens comparables et où il serait trop aisé à un salarié de quitter une place pour une autre du même type mais mieux rémunérée. Mais il serait hasardeux de généraliser ce constat. Adam Smith a voulu montrer (La Richesse des Nations , livre premier, chapitre X)  que la théorie de la libre concurrence s'applique au marché du travail comme au reste : un secteur d'activité qui serait plus rémunérateur que de juste attirerait à lui des candidatures en grand nombre et leur concurrence tendrait systématiquement à ramener le salaire d'embauche à son niveau moyen. Compte tenu de cette règle du retour à la moyenne, les différences de rémunérations que l'on observe ici ou là devraient systématiquement s'expliquer par des compensations en nature : si l'on est moins payé qu'autrui, c'est que le travail que l'on fournit procure plus d'agrément, est moins dangereux, plus facile à apprendre ou, enfin, ouvre la voie à des promotions séduisantes. Cette conception perdure dans l'opinion et l'on voit, par exemple en France, des salariés de l'administration publique expliquer avec conviction que, s'ils bénéficient de la sécurité de l'emploi et d'une certaine souplesse dans les horaires, ils doivent en contrepartie accepter des salaires inférieurs à ce que leurs compétences leur vaudraient dans le secteur concurrentiel.

Je pense, sans vouloir faire de généralisation abusive, que ces propos ne supportent pas le choc des faits : la France, pays fier de ses traditions administratives, soigne avec amour ses fonctionnaires. Et nous savons bien qu'à formation identique, il vaut mieux travailler dans la police que sur une chaîne automobile, ou dans un cabinet ministériel plutôt que dans l'encadrement d'une multinationale. Les avantages immatériels, la sécurité de l'emploi et, dans le deuxième exemple, la jouissance du pouvoir s'ajoutent  à une rémunération qui n'a rien d'humiliant[1]. La simple réalité, c'est que les aptitudes individuelles, l'âpreté au gain et la persuasion, l'attachement à un lieu ou à un métier font de chaque salarié un cas à part et rendent illusoires le concept d'une valeur-travail homogène. Ne cherchons pas dans l'éventail des rémunérations une quelconque logique qui serait inspirée par le libre jeu du marché, mettant en concurrence rémunérations et conditions de travail. Le travail est l'un des facteurs de production les moins flexibles qui soit. À la différence du minerai ou de l'électricité, la matière humaine ne se déplace pas facilement. On ne déménage pas loin de sa famille seulement pour une augmentation de salaire. Par ailleurs, la matière humaine ne dispose que d'une connaissance très limitée du marché. On tend à sous-estimer les revenus plus élevés au sien propre. Et d'une profession à l'autre, pis, d'un secteur d'activité à l'autre, peu d'informations objectives circulent sur la réalité des rémunérations, tant par pudeur que du fait de l'absence de base de comparaison.

D'un secteur à l'autre, les niveaux de salaires varient sans limites car d'une part, les individus ne choisissent pas un secteur sur le seul critère du revenu mais aussi en fonction de leurs aptitudes et de leurs goûts personnels ainsi que des opportunités locales. D'autre part, les freins naturels à la mobilité (méconnaissance des autres secteurs ou poids des habitudes) limitent grandement les tentations de changement. Chez les jeunes ingénieurs d'une même école et disposant à peu de chose près du même potentiel de compétences, il existe des écarts de salaires importants - de 1 à 2 et davantage - selon le secteur dans lequel ils débutent, de la mécanique et de l'automobile jusqu'à l'informatique et aux services financiers en passant par l'aéronautique.

Pourquoi ces écarts ? — Certains secteurs, plus riches que d'autres, s'offrent le luxe de sur-payer leur personnel, dans le but d'attirer et de retenir les meilleurs ainsi que de s'assurer la paix sociale ; c'est du moins la justification a posteriori  qu'en donnent les intéressés… Je crois quant à moi que l'argument a peu de poids par rapport à la réalité du marché. Il existerait en effet dans les cultures d'entreprise d'autres moyens moins coûteux et aussi efficaces de s'attacher le personnel (politique sociale, management décentralisé, prestige de la profession ou de la fonction). Si les ingénieurs de l'aéronautique ou de l'informatique des années 80 sont mieux payés que ceux de l'industrie automobile, cela tient d'abord aux facilités induites par les gains exceptionnels réalisés dans ces secteurs, en second lieu seulement à la nécessité de fidéliser les employés. Les mêmes compétences se négocient de la sorte à des prix très différents d'un secteur d'activité à l'autre, au grand dam des économistes classiques. Il n'empêche que les jeunes gens continuent à se répartir assez correctement dans l'ensemble des secteurs car les goûts personnels et les opportunités du moment jouent un rôle plus décisif dans leur choix que les incitations matérielles. Un élève-pilote qui a rêvé toute son enfance d'épopée guerrière choisit les dangers et les servitudes de l'aviation de chasse plutôt que le confort et les hauts salaires de l'aviation civile. S'il ne se trouvait des jeunes gens comme lui, que la passion rend sourd aux séductions de l'argent, l'armée de l'air serait bien en peine de recruter des volontaires pour faire voler ses aéroplanes.

Dépenses usuelles et coût incompressible de production

Le coût incompressible est la somme de tous les facteurs strictement nécessaires à la production d'une marchandise. Il n'a rien à voir avec les recettes que procure la vente de la marchandise et leur est parfois très inférieur.

Les recettes ou le chiffre d'affaires que réalise un entrepreneur se déduisent des besoins de sa clientèle client et de la valeur qu'elle prête à ses marchandises. Une partie sert à l'achat des facteurs nécessaires au renouvellement de la production. Le reliquat est appelé bénéfice  d'un point de vue comptable. L'addition de toutes les dépenses nécessaires à la production et à la vente d'une marchandise est appelée coût. Cette notion conventionnelle, qui n'a rien à voir avec le coût-désutilité identifié dans le Livre 2, recouvre deux significations :

1) Le coût ordinaire :

Il est assimilé à l'ensemble des dépenses de l'entreprise (hormis la redistribution des bénéfices) : l'addition de ce coût et des bénéfices se confond avec la totalité des recettes.

2) Le coût incompressible de production :

Le coût de production incompressible d'une marchandise est assimilé au prix total de tous les facteurs de production strictement nécessaires dans les conditions du marché ; c'est la dépense que doit réaliser l'entrepreneur pour produire en temps et en heure et tenir ainsi sa place dans le circuit d'échanges. Il dépend de l'environnement technique et social de la firme. Il peut diminuer avec un effort de productivité, un changement des techniques de production ou une réforme de la gestion et de l'organisation de l'entreprise.

Le niveau de salaire qui entre dans le coût de production incompressible est égal au salaire en-dessous duquel il deviendrait très difficile à l'entrepreneur de recruter une personne présentant les aptitudes requises ; mais le salaire effectif de ses employés peut être supérieur à ce minimum. Même chose en ce qui concerne la rémunération du capital. Ne sont à prendre en considération dans le coût de production incompressible que les dividendes correspondant à une rémunération normale du capital, afin que l'entreprise puisse récolter les fonds propres dont elle a besoin et évite de s'endetter à l'excès. Mais si l'entreprise est prospère, les actionnaires peuvent obtenir des dividendes très supérieurs à ce minimum. L'entrepreneur ambitionne pour lui-même un niveau de revenu qui lui permet de tenir son rang. Si son activité ne lui permet pas de dégager pour cela une marge suffisante, il peut y voir le signe que le marché ne reconnaît pas ses compétences à leur juste valeur ; s'il ne manque pas d'entêtement, il change d'activité et tente sa chance ailleurs.

Pour qu'un entrepreneur ait motif à produire et vendre une marchandise, il faut qu'il en obtienne un prix au moins égal à son coût de production incompressible. Pour qu'il ait motif à produire et vendre telle marchandise plutôt que telle autre, il faut qu'il en recueille des satisfactions et un revenu tels que son niveau global de satisfaction s'élève plus haut. Un artisan-ébéniste persévère dans son activité si ses frais incompressibles (achats de bois, amortissements de machines, location d'un local) lui laissent une rémunération personnelle au moins égale à ce qu'il pourrait toucher par exemple comme salarié des services techniques municipaux.

L'éventualité où le chiffre d'affaires est égal au coût incompressible de production est présentée par les économistes néo-classiques comme le fruit naturel et inévitable de la concurrence sur un marché idéalement libre et ouvert. Mais elle ne correspond pas du tout à la réalité… Le quartier de Paris où je vis compte une douzaine de boulangeries qui vendent des pâtisseries à des prix manifestement très supérieurs à leurs coûts incompressibles. Les boulangeries les plus chères sont parmi les plus fréquentées. De toute évidence, les boulangers ne se soucient pas de guerroyer sur les prix et les habitants de la capitale ne regardent pas à la dépense quand il s'agit de plaisirs gourmands.

Sauf à y être contraints par une autorité supérieure, les entrepreneurs, grands ou petits, n'ont pas vocation à vendre au moindre prix. Ils produisent selon leur bon vouloir et vendent selon le bon vouloir de leur clientèle. Ils s'accommodent de cette situation aussi longtemps qu'elle leur apporte un revenu décent et satisfait à leur objectif. Comme les boulangeries de quartier, les grandes entreprises prospères affichent un écart notable entre leurs coûts incompressibles et leurs recettes. L'écart se traduit par des dividendes substantiels, des frais généraux complaisants, des dépenses de prestige, de la communication d'image ou des rémunérations qui dépassent le niveau usuel dans le bassin d'emploi.

Définition du gain

Le gain désigne l'écart entre le coût incompressible de production et les recettes. C'est de lui que dépend la capacité de la firme à atteindre un objectif ambitieux.

La comptabilité courante d'une entreprise distingue les coûts ou les dépenses (achats, salaires, amortissements, frais généraux, intérêts), les recettes (chiffre d'affaires) et le bénéfice ou le profit, autrement dit la part résiduelle que se partagent les propriétaires de l'entreprise. Dépenses + profit = recettes. La valeur ajoutée est l'addition des salaires et du profit. Dans le cas d'une entreprise gérée au plus juste, les recettes coïncident avec le coût strictement nécessaire à la production. Mais dans le cas le plus général d'une entreprise à l'aise sur son marché, les recettes dépassent le coût de production incompressible.

Je conviens d'appeler gain  la différence entre chiffre d'affaires et coûts incompressibles. Le gain dépend du prix que veut bien payer la clientèle. Il ne ressemble en rien à la rente du producteur  qu'ont définie les fondateurs de l'économie classique, Adam Smith et David Ricardo[2]. Contrairement à une vision simpliste inspirée par Marx, il ne se confond pas davantage avec le profit destiné aux seuls actionnaires. Une partie en revient aux salariés sous la forme de rémunérations supérieures à ce qui est indispensable au recrutement de professionnels d'un bon niveau, une autre au management sous la forme de primes et avantages en nature, une autre à la collectivité via  des fondations mécéniques… Dans la répartition du gain, tout est affaire de pouvoir et de finesse. Galbraith a beau jeu de montrer que, dans les multinationales contemporaines, la technostructure arrive à s'approprier la plus grosse partie du gain au nez et à la barbe d'un actionnariat diffus et lointain[3]

Les différents concepts se représentent sur le diagramme ci-après.

graphique : décomposition des recettes d'une entreprise

D'une manière générale, en consolidant l'entreprise, en enrichissant les actionnaires et les dirigeants, en améliorant le sort du personnel, en permettant aux managers de se donner une image de bon citoyen par le mécénat ou l'action sociale, le gain permet à la firme d'avancer sur la voie de son objectif de sur-vie et de réaliser ce que j'appelle son compromis pérennité/gain , par analogie avec le compromis longévité/plénitude de l'individu. Il arrive cependant que l'objectif et le gain se révèlent inadaptés aux évolutions du marché et de l'environnement. Bien des firmes sont mortes pour avoir, pendant leurs années de vaches grasses et jusque dans leurs années de crise, gelé une part excessive de leur gain dans la construction d'un siège social prestigieux ou dans l'octroi de privilèges de fonction à quelques cadres supérieurs. Hélas, c'est seulement à l'heure du bilan que les donneurs de leçons font la part des erreurs de gestion et des gaspillages.

Le gain se retrouve tout au long des circuits d'échanges, car, depuis le mineur qui vend sa force musculaire jusqu'au commerçant qui appâte les clients, chacun tâche d'optimiser ses ventes en alignant ses prix sur la valeur prêtée à ses marchandises. Le prix d'une quelconque marchandise, "bien de consommation" ou "bien intermédiaire", est fait de l'addition des gains successifs de tous les agents qui ont participé à son élaboration.


[1] Voir à ce propos Toujours plus , de François de Closets (Grasset, Paris, 1982).

[2] Ayant montré que le prix de vente du blé est égal au coût de production marginal sur les terres les moins fertiles effectivement exploitées, les économistes classiques appellent rente le bénéfice en quelque sorte anormal que retirent de la vente du blé les exploitants des terres plus fertiles. Mais dans l'hypothèse où la marchandise jouit d'une valeur élevée pour une demande limitée en quantité, son coût de production marginal peut être très supérieur à son coût de production incompressible… et la rente très inférieure au gain.

[3] « En fait, et souvent de façon spectaculaire ces derniers temps, la maximisation des profits en est arrivée à s'effectuer au bénéfice de ceux qui détiennent le pouvoir de décision. Le salaire des directeurs, les primes et les avantages complémentaires, les "parachutes dorés" pour ceux qui perdent leur poste au cours d'un combat pour le rachat d'une entreprise, sont déterminés par la direction et dans son propre intérêt. Ces coûts n'ont pas tendance à être réduits ; ils sont majorés grâce à la motivation classique la plus orthodoxe pour servir les intérêts de l'organisation [la technostructure ou le management]» (L'économie en perspective , édition française, Seuil, Paris, 1989, page 342).


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3 - Productivité

Publié ou mis à jour le : 2018-02-17 23:48:02

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Joseph Savès est le pseudonyme adopté par le groupe de réflexion Nos utopies. Il réunit plusieurs personnes dont André Larané, créateur du site d'Histoire Herodote.net ainsi qu'un démographe, un historien de l'économie, une anthropologue et d'autres contributeurs engagés dans la vie de la Cité.

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