Le blog de Joseph Savès
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Le prix
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Livre 5 : Le Prix

Chapitre 5 - Prix et valeur


Effets d'une modification de prix sur les circuits d'échanges

Une modification de prix arbitraire a des incidences tant sur le pouvoir d'achat des consommateurs que sur le revenu des producteurs,… et le pouvoir d'achat de ces derniers. Je me dois d'analyser l'effet concomitant de ces deux incidences sur les cycles d'échanges.

Le prix figure au cœur des débats contemporains car il est habituellement pris pour le paramètre qui décide du rythme des échanges. Symptomatique est la peur de l'inflation chez les principales autorités monétaires occidentales, symptomatique aussi la guerre que font les dirigeants politiques aux ententes et aux cartels accusés de tirer les prix à la hausse.

Selon la théorie des besoins et de la valeur, cependant, le prix ne reflète rien d'autre que le rapport entre une marchandise et les besoins individuels qu'elle permet de combler. J'incline à penser qu'il ne se laisse donc pas manipuler au gré d'intérêts catégoriels ou de décisions d'autorité. Je me propose de m'en assurer grâce à la simulation ci-après.

Exposé du problème : je considère un circuit d'échanges en équilibre stationnaire, où l'argent circule normalement en sens inverse des marchandises ; les transactions sont personnalisées ; elles portent sur des marchandises fractionnables et en quantités virtuellement illimitées ; la quantité que vend un fournisseur à son client dépend exclusivement de la demande de celui-ci. Quelle est, dans ces conditions, la marge de manœuvre dont dispose un fournisseur pour agir sur le prix unitaire de sa production ?

Au premier abord, une modification de prix se ramène pour l'acheteur à un appauvrissement ou à un enrichissement selon qu'elle est négative ou positive. Elle l'amène à réviser ses choix de consommation… Si le prix des voitures augmente de x%, je ne fais que constater une chose d'évidence, à savoir que, dans l'immédiat, le pouvoir d'achat réel  des acheteurs potentiels baisse et les oblige à restreindre leurs dépenses, qu'il s'agisse de voitures ou d'autres consommations, ou la part de leur revenu consacrée à l'épargne[1]. Cette hypothèse d'une modification de prix sans que se modifie le revenu de l'acheteur correspond à la situation statique que seule connaissent les économistes conventionnels ; elle se révèle dramatiquement défaillante car elle ne prend pas en compte les flux monétaires tout au long du circuit d'échanges[2].

Or, une modification de prix n'est jamais sans répercussion sur le revenu du vendeur. Ce dernier ajuste ses dépenses à son nouveau revenu ; ses propres fournisseurs voient à leur tour leur revenu et leurs dépenses se modifier ; de fil en aiguille, la modification de prix agit sur les consommations et les revenus de tous  les intervenants du circuit d'échanges,… En sens inverse, si le fournisseur impose à son client une marchandise à un prix plus élevé que précédemment, ce dernier ne reste pas sans réagir car il a le désir légitime de maintenir, voire améliorer, son niveau global de satisfaction : 

- il augmente le prix de ses propres ventes avec l'espoir de gagner un revenu supérieur et de conserver son pouvoir d'achat réel ; ce faisant, il reporte sur ses propres clients les effets de l'augmentation initiale de prix,

- il recombine ses achats de façon à obtenir au meilleur prix les mêmes utilités que précédemment ; ce faisant, il répercute sur le revenu de ses fournisseurs les effets de l'augmentation de prix.

Examinons sur un mode dynamique toutes les incidences d'une modification de prix sur le circuit d'échanges. Voyons dans un second temps les motifs qui peuvent retenir un acteur économique de modifier ses prix de vente.

Variation de prix à pouvoir d'achat constant : simulation

Afin d'éclairer toutes les conséquences d'une variation de prix, je me propose de simuler le comportement de l'acheteur en admettant qu'il conserve intégralement son pouvoir d'achat réel , soit que le prix considéré augmente, soit qu'il diminue. Donc, soit un sujet doté d'un revenu déterminé et auquel sont proposées des marchandises à des prix arbitraires. Supposons que soit modifié le prix d'une marchandise relativement  au prix des autres marchandises, toutes choses égales par ailleurs.

Description de la simulation :

- dans une situation et dans une période de référence (1), le sujet a un revenu R. Il dépense tout son revenu dans la même période en vue d'acheter les marchandises nécessaire à son niveau d'ambition. Baptisons A  la marchandise dont le prix fait l'objet d'une manipulation expérimentale. Si p  est le prix que le sujet accepte de payer pour A, q  la quantité de A qu'il consomme et r  la part de son revenu qu'il consacre à tout autre chose que A, on peut écrire : R=r + qxp.

- dans une situation (2), le prix de A est p'. Pour consommer la même quantité de A, le sujet dépense qxp'. La simulation, pour être correcte, doit témoigner d'une variation de prix toutes choses égales par ailleurs  en ne modifiant que le prix relatif  de la marchandise.

Donc, pour conserver son pouvoir d'achat et acheter et consommer les mêmes quantités de marchandises en (2) comme en (1), le sujet doit disposer en (2) d'un revenu R' tel que : R'=r + qxp', où r est la part du revenu consacrée à l'achat des marchandises dont le prix ne change pas de (1) à (2). R' est plus grand ou plus petit que R selon que p' est plus grand ou plus petit que p. De la sorte, en (2), le sujet adapte son revenu à ses dépenses.

La conservation du pouvoir d'achat, quand varie le prix de A toutes choses égales par ailleurs, débouche sur une représentation graphique que j'appelle droite d'iso-revenu . La droite d'iso-revenu représente le revenu R quand varie le prix de A à partir du prix p. La droite a pour pente : dR/dp=q, et pour ordonnée à l'origine : r.

graphique : la droite d'iso-revenu et le prix de la marchandise A

 

Variation de prix à pouvoir d'achat constant : consommation

En modifiant l'intérêt relatif de la marchandise concernée par rapport  aux autres, une variation de prix à pouvoir d'achat constant incite le sujet à réviser ses choix de consommation. La demande individuelle apparaît comme une fonction décroissante du prix.

Comme son pouvoir d'achat est conservé, le sujet n'a pas motif de modifier sa consommation quand, en (2), la marchandise A s'écarte de son prix p. Mais la différence de prix, toutes choses égales par ailleurs, modifie l'intérêt relatif  de A et de son panier d'utilités par rapport aux utilités identiques des autres marchandises. Le sujet, dans un deuxième temps, est tenté d'ajuster ses choix de consommation, par substitution  (partielle ou totale) d'une marchandise à une autre, pour obtenir un maximum de satisfactions avec un pouvoir d'achat identique. Cela m'amène à envisager une situation (3) issue de (2), où il se demande s'il n'y a pas lieu d'optimiser l'emploi de son revenu et de réviser ses choix de consommation.[3]

Deux cas, donc, selon que le prix de A diminue ou augmente :

1) Si le prix de A diminue de (1) à (2), le sujet révise à la baisse son estimation du prix virtuel des utilités que recèle A. Toutes les marchandises contenant ces utilités voient ce faisant diminuer leur valeur, celle-ci étant faite de l'addition desdits prix virtuels. Certaines de ces marchandises peuvent alors se révéler d'un prix trop élevé par rapport à leur nouvelle valeur. Le sujet tend à les remplacer en tout ou partie par une quantité supplémentaire de A. De la sorte, il arrive à une situation (3) caractérisée par le même niveau global de satisfaction avec une dépense moindre. Il peut employer la différence entre revenu et dépense à accroître ses consommations et élever son niveau global de satisfaction.

2) Si le prix de A augmente de (1) à (2), le sujet peut déceler sur le marché des marchandises moins chères pour des utilités comparables. Il remplace tout ou partie de A (la substitution est totale si A devient plus coûteux que toutes  les autres marchandises d'utilités comparables). Il arrive à une situation (3) qui lui procure le même niveau global de satisfaction avec une dépense inférieure à son revenu. Comme précédemment, il peut employer la différence à élever son niveau global de satisfaction. C'est ce qu'illustre la figure ci-après.

graphique : prix de A plus élevé, niveau global de satisfaction plus élevé

- En (1), le sujet s'en tient au comblement du groupe de besoins a  grâce à l'achat de A. Son revenu ne lui permet pas de combler le groupe de besoins .

- En (2), A augmente de prix jusqu'à p' et rejoint l'opportunité B, qui comble non seulement les besoins mais aussi une partie des besoins . Comme le sujet voit son revenu augmenter d'autant, il peut substituer B à A toutes choses égales par ailleurs, d'où une élévation de son niveau global de satisfaction.

Quel que soit le sens de la variation de prix, il apparaît que la quantité consommée de A varie en sens opposé au prix. En d'autres termes, la demande individuelle est une fonction décroissante du prix . La démonstration atteste qu'il n'y a pas d'exception à la règle,… du moins quand se vérifie l'hypothèse d'un pouvoir d'achat constant. Elle exclut l'éventualité qu'une augmentation de prix se solde par une plus grande consommation du bien concerné.

Variation de prix à pouvoir d'achat constant : courbe d'iso-satisfaction

Quand le prix de A varie, toutes choses égales par ailleurs, le sujet redéfinit un total de dépenses qui préserve son niveau global de satisfaction. J'appelle courbe d'iso-satisfaction le lieu de ces couples (prix, dépense).

Tâchons de tirer tous les enseignements d'une variation de prix à pouvoir d'achat constant. Dans la simulation précédente, entre les situations (1) et (2), le prix de A varie de p à p' et le revenu du sujet de R à R'. Le sujet, dont le pouvoir d'achat est conservé, peut, comme nous l'avons vu, redéfinir ses choix de consommation de façon à dépenser moins pour le même niveau global de satisfaction[4]. Dans la situation (3), ayant remplacé les marchandises les plus coûteuses, il ramène le total de ses dépenses à R" et économise R'-R".

Les trois situations peuvent être figurées sur un graphique portant en abscisse le prix de A et en ordonnée les dépenses du sujet, comme ci-après. À partir de la situation de référence (1), avec un prix p et un revenu R, je suis en mesure d'établir le lieu de tous les points (p', R") qui dérivent d'une modification du couple (p, R) par variation du prix de A. Je l'appelle courbe d'iso-satisfaction . Cette courbe est confondue avec la droite d'iso-revenu au point (p, R) et s'en écarte vers le bas à mesure que le prix de A s'éloigne de p.

graphique : la droite d'iso-revenu et la courbe d'iso-satisfaction

Allons plus loin et tâchons de mieux discerner l'allure de la courbe d'iso-satisfaction. Je change de situation de référence et prends pour cela un point quelconque de la courbe d'iso-satisfaction, en deça du seuil pMax. En faisant varier le prix de A à partir de ce point, il m'est possible de définir une nouvelle droite d'iso-revenu. La courbe d'iso-satisfaction associée se confond avec la première… Il serait absurde en effet que deux courbes d'iso-satisfaction se rencontrent en un même point. En conséquence, la nouvelle droite d'iso-revenu est tangente comme l'autre à la première courbe d'iso-satisfaction. L'ensemble des droites d'iso-revenu ainsi défini se révèle devoir être l'enveloppe de la courbe d'iso-satisfaction (voir la figure ci-après). Leur pente ascendante justifie la concavité vers le bas de celle-ci.

graphique : les droites d'iso-revenu enveloppent la courbe d'iso-satisfaction

Les droites d'iso-revenu ont été plus haut définies comme ayant une pente égale à dR/dp=q, soit la quantité consommée à leur point de rencontre avec la courbe d'iso-satisfaction. Vers la limite pMax où le sujet renonce à consommer A, la pente des droites d'iso-revenu tend vers 0. Vers l'axe des ordonnées, la pente des droites d'iso-revenu tend vers la quantité de A qui est consommée lorsque le prix de A est égal à zéro franc. Cette quantité est nécessairement un nombre fini. La pente de la courbe d'iso-satisfaction sur l'axe des ordonnées est égale à ce même nombre fini,… ce qui justifie a posteriori  ma représentation ci-dessus de la courbe d'iso-satisfaction.

Par ailleurs, il existe pour le prix de A un seuil pMax au-delà duquel le sujet ne trouve plus intérêt à consommer une quelconque fraction de cette marchandise. Trop chère par rapport au prix virtuel de ses utilités. Quel que soit le prix de A au-delà de ce seuil, la fraction de revenu affectée à A est nulle et la modification de prix est sans conséquence sur la consommation ; le sujet en reste au même total de dépenses pour le même niveau global de satisfaction : au-delà du seuil pMax, la courbe d'iso-satisfaction prend l'allure d'une horizontale. 

Toutes les courbes d'iso-satisfaction connaissent un seuil pMax au-delà duquel elles deviennent horizontales. À quoi pourrait ressembler le lieu des pMax ? — Quand son revenu s'élève de R à R", toutes choses égales par ailleurs, le sujet devient en mesure de combler davantage de besoins. Il étend sa consommation à des marchandises dont le contenu en utilités était précédemment peu propice à son compromis longévité/plénitude. Une personne aux revenus modestes dédaigne les biens de luxe qui lui paraissent trop chers pour les seules utilités susceptibles de l'intéresser ; si cette personne s'enrichit, elle élève son niveau d'ambition et éprouve des besoins émergents, ce qui l'amène à regarder avec un intérêt nouveau ces mêmes biens. Le pain, qui pourvoit aux besoins alimentaires de base, cède ainsi le pas à des aliments plus chers, tout aussi nutritifs mais riches également d'autres utilités (saveur, distinction sociale, etc).

Toutes les marchandises sont confrontées de la sorte à une concurrence élargie lorsque le revenu du sujet s'élève ; elles tendent à s'exclure plus vite de sa consommation lorsqu'augmente leur prix. De cette remarque, je crois pouvoir déduire que le lieu des prix maximums pMax se représente par une courbe dont la concavité est tournée vers l'origine.

graphique : courbes d'iso-satisfaction, ensemble des pMax

Nota bene : plaidoyer pour la sécurité nucléaire de l'Ukraine et la Russie

Que l'on me permette un peu d'économie-fiction en appliquant le principe d'une modification de prix à pouvoir constant à la gestion de l'énergie dans l'ex-Union Soviétique.

Plusieurs centrales nucléaires, vétustes et dangereuses, réclament d'être remises en état ou fermées en Ukraine comme en Russie. La remise en état coûterait horriblement cher. La fermeture priverait les particuliers et les entreprises de l'énergie bon marché à laquelle les uns et les autres sont accoutumés. Mais cette énergie est si bon marché qu'elle est outrageusement gaspillée. Le pays, aux dires des observateurs, consomme autant d'électricité par tête d'habitant que les pays d'Europe occidentale, avec un niveau de confort bien moindre.

Une alternative à la fermeture autoritaire des centrales, qui aurait l'avantage de ne rien coûter !, serait de relever le prix de vente de l'électricité et du gaz… sans affecter le pouvoir d'achat des abonnés. Il s'agirait de relever le prix tout en offrant aux abonnés un crédit égal au supplément qu'ils auraient à payer, sur la base de leur consommation antérieure.

Soit un abonné qui consomme 200 kWh/mois à 6 roubles le kWh. Le prix du kWh est porté à 24 roubles. L'abonné, dans les mois qui suivent la réforme, reçoit des factures mensuelles basées sur sa consommation réelle. Ces factures sont accompagnées d'un chèque de 3600 roubles, qui compense, mois après mois, le supplément à payer pour 200 kWh. L'augmentation du prix de l'électricité se produit, dans ces conditions, toutes choses égales par ailleurs. L'État collecte autant de revenus qu'auparavant et le pouvoir d'achat de l'abonné n'est pas affecté.

À consommation constante, l'abonné ne dépense pas plus qu'auparavant. Mais il ne reste pas sans réagir. Considérant le chèque de l'État, il se dit qu'il peut l'employer de façon plus utile qu'à rembourser une consommation d'électricité superfétatoire. Il tend, donc, à économiser l'énergie et à réorienter sa consommation. Progressivement, d'autres courants d'échanges sont ainsi activés et absorbent sans mal le supplément de masse monétaire,… tandis que les centrales dangereuses peuvent enfin être fermées sans que personne y trouve rien à redire.

Elasticité faible, élasticité forte

«La demande d'un bien est d'autant plus élastique que ce bien a des substituts nombreux et étroits ; ou que ce bien a un prix élevé et fait partie des biens de luxe ou somptuaires ; ou encore que ce bien est durable, ce qui permet d'en différer la demande, si cela est nécessaire ; ou enfin que ce bien a de nombreux usages, qui peuvent être rangés par ordre d'importance» (Barre R., Economie politique, tome 1).

Les limites sont plus ou moins resserrées selon la manière dont les clients d'une zone de chalandise homogène accèdent à leur niveau global de satisfaction :

-si la marchandise A comble différents besoins dans des mesures très variables, sa valeur diminue rapidement d'une fraction à la suivante, à mesure que les besoins sont l'un après l'autre comblés ; la demande par rapport au prix se révèle plutôt élastique[5],

- si A comble différents besoins dans des mesures égales, sa valeur ne diminue guère d'une fraction à la suivante, aussi longtemps du moins que les besoins ne sont pas comblés ; la demande par rapport au prix se révèle plutôt inélastique.

Je discerne trois catégories de marchandises selon l'élasticité de leur demande par rapport au prix :

1) Marchandises communes (élasticité très faible)  :

Les marchandises communes, comme le pain ou les aliments de base, comportent des utilités seulement relatives à des besoins vitaux ou inférieurs. Tous les individus, riches ou pauvres, sont preneurs de ces utilités qui comblent les étages inférieurs de leur grille des besoins. Il s'ensuit que la demande de marchandises ordinaires est généralement très peu élastique par rapport au prix.

2) Marchandises luxueuses (élasticité faible) :

Les marchandises de luxe (toilettes, parfums, palaces, bijoux, etc) affichent des utilités exclusivement relatives à des besoins progressifs. Elles sont estimées à une valeur très différente selon qu'il s'agit d'une personne pauvre ou d'une personne riche. La première voit dans ces marchandises peu ou pas d'utilités propres à élever son niveau global de satisfaction ; elle leur prête une valeur très faible, bien entendu inférieure à leur prix de marché… à moins qu'elle ne les ignore tout bonnement, n'imaginant pas un instant qu'elle pourrait en jouir. La seconde, par contre, apprécie toutes les utilités contenues dans ces marchandises et leur octroie la plus grande valeur possible.

Si le prix de ces marchandises est nettement plus bas, les quantités vendues n'augmentent guère  car, même à prix réduit, leurs utilités n'intéressent pas les détenteurs des revenus les plus modestes… En conséquence, les fournisseurs n'ont rien à gagner à trop baisser les prix, sinon de dévaloriser leurs marchandises aux yeux de leur clientèle fortunée ! D'où, pour ces marchandises luxueuses, comme pour les marchandises ordinaires, une faible élasticité de la demande… et plusieurs types de clientèles qui prêtent des valeurs variables aux marchandises de luxe.

3) Marchandises intermédiaires (forte élasticité) :

Les biens les plus caractéristiques de notre société relèvent du confort autant que du standing (habillement, automobile, hifi-vidéo...). Leurs utilités, très diverses, se réfèrent tant à des besoins inférieurs ou récessifs qu'à des besoins supérieurs ou progressifs. Chacun leur attribue une valeur différente selon les utilités requises par son niveau d'ambition. Les fournisseurs sont naturellement conduits à diversifier leur offre afin de s'adapter à chaque catégorie de clientèle. Par exemple, dans l'automobile : modèles de luxe pour les plus riches qui ont besoin de standing plus que de facilités à se garer en ville, modèles pratiques et sobres pour les classes moyennes qui aspirent à se déplacer sans problème !

Entre une Ferrari et une Twingo, entre un tailleur Yves Saint-Laurent et un tailleur C&A, les écarts de prix atteigent 50 à 1. C'est que ces marchandises n'ont pas du tout les mêmes utilités malgré  la similitude de leurs fonctionnalités (se transporter ou se vêtir)… Les marchandises intermédiaires se distinguent par là des marchandises ordinaires et des marchandises luxueuses qui affichent pour l'essentiel les mêmes utilités et dont les écarts de prix ne dépassent guère 5 à 1, qu'il s'agisse de l'écart entre un pain blanc commun et un pain Poilâne ou entre un parfum Anaïs et un parfum Guerlain.

Ainsi, la demande d'une marchandise intermédiaire s'avère très élastique par rapport au prix car les consommateurs potentiels ont à leur disposition des choix alternatifs qui couvrent un vaste champ d'utilités. Qu'augmente le prix de la Twingo et, sans état d'âme, le public se reporte vers un autre modèle moins cher ou, pour le même prix, plus riche en utilités. Comme la clientèle change facilement à mesure que le prix s'écarte de la valeur maximale, l'élasticité de la demande par rapport au prix est très marquée.


[1] C'est le paradoxe des biens dits de Giffen qui y perd de son mystère : l'économiste a montré qu'une augmentation du prix du pain, à revenu nominal constant, se traduisait dans les populations modestes par une réduction de diverses consommations… sauf de celle-là. Le pain augmente ? — L'argent consacré à la viande lui est désormais réservé car, avec un niveau d'ambition amoindri, les utilités de la viande liées au standing et au plaisir deviennent superfétatoires par rapport à l'utilité nutritive que partagent la viande et le pain.

[2] En 1838, Augustin Cournot a l'idée de distinguer entre la variation nominale et la variation réelle du revenu telles qu'elles ressortent d'une différence de prix (Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses ). Mais il ne va pas jusqu'au bout de sa réflexion et se détourne de l'analyse d'une variation de prix à pouvoir d'achat constant.

[3] Illustration : un petit cordonnier voit augmenter le prix du pain et de la viande ; sur un revenu ordinaire de 1000 francs, il doit consacrer 200 francs à l'achat de ces aliments, au lieu de 100 précédemment. Il augmente ses propres tarifs de 10% de façon à gagner 1100 francs et compenser intégralement l'augmentation. Si la clientèle le suit - c'est l'hypothèse de la simulation -, il conserve son pouvoir d'achat et son niveau global de satisfaction ne varie pas…

Le pain et la viande lui coûtant plus cher que précédemment, le cordonnier va aussi leur chercher des substituts qui lui apportent les mêmes utilités… Il va manger davantage de pommes de terre et d'œufs. Ainsi, au lieu de consacrer 200 francs à son alimentation de base, il n'aura plus besoin que de - disons - 150 francs, pour une satisfaction identique. Il pourra employer le reliquat à des consommations complémentaires. De la sorte, son niveau global de satisfaction est susceptible de s'élever à la faveur de l'augmentation de prix,… toutes choses égales par ailleurs !

[4] Illustration : imaginons que j'obtienne à compter de ce jour la gratuité de l'automobile et de tout ce qui l'accompagne (carburant, assurance, vignette, etc) ; en contrepartie, mon revenu est diminué de la somme que je consacrais précédemment à ces dépenses. Je me sers de l'automobile partout où cela m'est possible et je ne dépense quasiment plus d'argent dans les transports publics (train, métro, bus, avion). Cette économie sur les dépenses de transports publics étant désormais consacrée à des dépenses d'une autre nature, elle me permet d'élever mon niveau global de satisfaction. Le processus est le même si l'automobile m'est proposée à un prix considérablement plus élevé, supérieur au pMax défini plus haut ; en compensation, mon revenu augmente de ce que je devrais dépenser en sus pour jouir autant que précédemment de l'automobile. Dans cette hypothèse, je renonce à l'automobile au profit des transports publics et j'emploie le reliquat de mon revenu à d'autres types de dépenses en vue d'élever mon niveau de satisfaction.

[5] Soit une marchandise dont il se consomme une quantité q pour un prix p ; si, pour un prix p+dp, toutes choses égales par ailleurs, il se consomme une quantité q+dq de la même marchandise, la science économique conventionnelle appelle élasticité  le rapport de la différence relative de quantité consommée sur la différence relative de prix. La fonction élasticité(prix) s'écrit : e(p) = (dq/q)/(dp/p) .


Publié ou mis à jour le : 2018-02-17 21:38:28

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