Le blog de Joseph Savès
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Une théorie des besoins
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Livre 1 : une théorie des besoins

Chapitre 6 - La grille des besoins


La théorie des besoins débouche sur une illustration graphique des différents niveaux d'ambition auxquels peut aspirer un individu dans un moment donné, Appelée grille des besoins, cette représentation permettra ultérieurement de mieux comprendre les comportements économiques des individus.

Figuration d'un besoin

Je me propose de condenser les principales conclusions de l'analyse du besoin dans une représentation graphique. Une colonne figure la quantité d'énergie que dissipe une fonction pendant un intervalle de temps donné : l'énergie effectivement dissipée dépend du niveau d'activité de la fonction, lequel est d'autant plus élevé que l'individu vise un compromis longévité/plénitude plus ambitieux pendant le même intervalle de temps. Chaque horizontale, sur la colonne, figure un niveau d'activité, lui-même associé à un compromis longévité/plénitude.

S'il vise tel compromis longévité/plénitude, l'individu doit lui associer, sur la colonne, le niveau d'activité correspondant. Si l'activité effective de la fonction est inférieure à ce niveau, il y a perception d'un besoin  : la hauteur de la colonne entre le niveau effectif et le niveau visé représente l'intensité relative du besoin, c'est-à-dire le complément d'énergie que dissipe la fonction pour passer du niveau inférieur au niveau supérieur dans l'intervalle de temps considéré. La largeur de la colonne n'a pas a priori de signification particulière.

Si l'activité effective de la fonction est supérieure au niveau visé, il y a sur-satisfaction.

Sur la figure ci-dessus, l'horizontale inférieure désigne le niveau d'activité X correspondant à la situation effective de l'individu. L'horizontale correspondant au niveau d'ambition B désigne l'énergie que devrait dissiper la fonction pour se conformer à ce niveau d'ambition. Même chose avec le niveau d'ambition C.

Si le complément d'énergie requis pour B est x et pour C 2x, il est possible d'en conclure que, dans la situation effective A, le niveau d'ambition C génère un besoin deux fois plus intense que B.

Figuration de plusieurs besoins

Soit deux fonctions alpha et bêta associées à des besoins de même nom :

- le niveau auquel est satisfaite la fonction alpha, dans la situation de référence, correspond à un niveau d'ambition A ; pour se tenir à un niveau d'ambition B, alpha dissipe x quantités d'énergie supplémentaires; elle en dissipe 2x quantités supplémentaires pour se tenir à un niveau d'ambition C,

- dans la situation de référence, l'activité de la fonction bêta correspond, elle, à un compromis A' moins ambitieux que A; il manque à bêta de dissiper y quantités d'énergie pour se conformer au niveau d'ambition A; il lui manque aussi 3y quantités pour être satisfaite selon B et 4y pour être satisfaite selon C[1].

- ajoutons que, pour être satisfaite selon le niveau d'ambition A', moins élevé que A, la fonction alpha dissiperait, disons, x/2 quantités d'énergie de moins  qu'elle n'en dissipe dans la situation de référence.

Avec ces hypothèses de travail, nous pouvons représenter graphiquement les besoins alpha et bêta par des colonnes, selon le modèle précédent.

Allons plus loin. Tâchons que, pour un même niveau d'ambition, les niveaux de comblement de l'un et l'autre besoins soient représentés par la même horizontale. Cette convention est réalisée en intervenant sur la largeur de chaque segment-colonne  : la variation d'intensité d'un besoin entre deux niveaux d'ambition successifs n'est plus représentée par la hauteur de la colonne mais par la surface du rectangle. Comme le montre la figure ci-après, chaque rectangle représente la différence d'intensité du besoin entre deux niveaux d'ambition successifs.

L'énergie supplémentaire requise pour passer d'un niveau d'ambition à un autre est faite de la somme des rectangles intermédiaires. Entre les niveaux d'ambition A' et B, par exemple, la surface totale du besoin bêta est trois plus grande qu'entre A' et A, car la fonction associée réclame 3 fois plus d'énergie pour passer de A' à B (x+x/2) que de A' à A (x/2).

Je rappelle que les rectangles qui figurent les intensités ne sont pas comparables d'un besoin à l'autre car il n'est pas concevable  de comparer entre eux des besoins différents. Sur la figure, les rapports entre les largeurs de deux colonnes demeurent donc arbitraires.

La grille des besoins

En étendant la représentation ci-dessus à plusieurs besoins, j'obtiens un résultat que j'appelle grille des besoins  d'après son allure générale (voir le graphique ci-après).

La grille des besoins figure les niveaux d'ambition auxquels peut prétendre un individu dans une situation et pour une période déterminées. Bien entendu, elle n'offre en aucune manière une vision complète des besoins mais en retient un nombre limité parmi l'infinité de ceux qui existent et qu'il est hors de question de recenser ; de même, elle ne représente pas tous les niveaux d'ambition.

Chaque fonction est figurée par une colonne de section variable. Les rapports entre les largeurs des différentes colonnes étant arbitraires, je les ajuste de façon à accoler les colonnes les unes aux autres.

Chaque horizontale est assimilée à un niveau d'ambition; elle permet de visualiser les quantités d'énergie que devraient dissiper les fonctions pour se tenir à ce niveau d'ambition dans l'intervalle de temps considéré.

Si l'on saisit la grille des besoins à un moment ou dans un intervalle de temps déterminé, on peut voir que les fonctions sont à des niveaux d'activité variables. L'ensemble des niveaux d'activité des fonctions définit la situation effective de l'individu. Quant au niveau global de satisfaction, il s'aligne sur le niveau d'ambition qui coïncide avec la fonction la plus médiocrement activée, b en l'occurrence (c'est le besoin le moins comblé qui définit le niveau global de satisfaction).

Par rapport au niveau d'ambition projeté, chaque fonction est soit correctement activée (a), soit en état de besoin (b et g), soit en état de sur-satisfaction (d). L'intensité de chaque besoin se mesure intrinsèquement d'après l'écart entre la situation effective et le niveau d'ambition projeté.

Besoins inférieurs, besoins supérieurs : une application de la grille des besoins

«…les besoins les plus élevés n'apparaissent pas dans la conscience avant que les besoins inférieurs n'aient été satisfaits. Et d'une certaine manière, aussi longtemps qu'ils n'existent pas dans la conscience, ils ne peuvent pas produire de sentiment de frustration» (Abraham Maslow, Motivation and personnality).

La grille des besoins va se révéler un outil d'analyse performant :

- en mettant en lumière le souci constant de l'individu de lisser les niveaux d'activité, en remédiant tant aux besoins qu'aux sur-satisfactions, de façon que les fonctions s'alignent sur le même niveau d'activité,

- en permettant de comprendre les choix de consommation de l'individu ; celui-ci comble au mieux sa grille des besoins en fonction de son environnement et afin de se maintenir au niveau global de satisfaction le plus élevé possible.

Avant de développer ces aspects dans le Livre 2 (Besoins et opportunités ), je me propose de représenter grâce à la grille des besoins une typologie des besoins inspirée d'Abraham Maslow. Cette typologie n'a de valeur qu'indicative :

              1) Besoins inférieurs :

Les besoins inférieurs (sans nuance péjorative) se révèlent aux niveaux d'ambition les plus frustes. Le niveau d'activité des fonctions correspondantes tend à stagner à partir d'un certain niveau d'ambition. C'est le cas, par exemple, des besoins de respirer ou de boire : au-delà d'un certain seuil, il n'est pas nécessaire de boire ou de respirer davantage  pour gagner en satisfaction globale et élever le niveau global de satisfaction.

              2) Besoins supérieurs :

Certains besoins, tels que le désir de s'instruire ou d'explorer l'inconnu, ou encore le désir de commander, de s'affirmer par rapport à autrui, me semblent n'exister qu'à l'état diffus ou virtuel dans les compromis les plus modestes. Ils dépendent pour leur émergence du comblement préalable d'autres besoins et se révèlent lorsque le niveau d'ambition est suffisant. Ils sont rangés pour cette raison parmi les besoins supérieurs.

Ainsi, avant de songer à commander une équipe, un apprenti se préoccupe d'apprendre d'abord son métier et d'acquérir une stabilité affective. Son désir de commander, inscrit à l'état diffus dans son compromis longévité/plénitude, peut émerger une fois que sont comblés ces besoins-là.

              3) Besoins régressifs :

Certains besoins réclament d'être toujours davantage comblés, quoiqu'en quantité de plus en plus faible, à mesure que s'élève le niveau d'ambition. Ça peut être le cas des exercices physiques et des jeux, qui cèdent peu à peu la préséance à des besoins de création, d'affirmation de soi, etc.

              4) Besoins progressifs :

Des besoins comme l'affection ou l'interrogation sur la mort prennent de l'importance à mesure que l'individu progresse vers un niveau de plus grande ambition. La progressivité n'empêche pas à mon avis ces besoins de se manifester même aux niveaux les moins ambitieux, quoiqu'à de faibles niveaux d'activité. Ils méritent de ce fait d'être qualifiés de progressifs.

              5) Besoins erratiques :

La typologie ci-dessus n'exclut en aucune façon l'éventualité de besoins erratiques , tantôt progressifs, tantôt régressifs selon le niveau d'ambition.

La figure ci-après représente cette typologie :

 
[1] J'ai précisé plus haut que chaque fonction utilise une énergie spécifique  : l'énergie de bêta et celle de alpha ne sont pas de même nature ; elles ne se comparent pas l'une à l'autre.

Publié ou mis à jour le : 2017-09-06 11:42:39

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Sous le pseudonyme de Joseph Savès, le groupe de réflexion Nos utopies réunit un historien suisse de l'économie, un démographe français ainsi que le créateur du site d'Histoire Herodote.net et des contributeurs engagés dans la vie de la cité.

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