Le blog de Joseph Savès
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Quel avenir pour la planète ?
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Quel avenir pour la planète ?

Notre mode de vie en question


Le réchauffement climatique dont notre planète ressent les premiers effets résulte - on le sait - de la consommation sans frein des ressources naturelles et en particulier des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz). La dégradation accélérée des équilibres naturels mais aussi politiques et humains est la conséquence d'un modèle de société aligné sur l'american way of life : délitement urbain et saturation de l'espace par l'automobile, consommation à tout va, pétrole trop bon marché (il est en 2017 deux fois moins cher qu'en 1970). 

Cette prédation de type primitif (on prélève les ressources naturelles sans se soucier de les renouveler) a été rendue possible par l'affaiblissement des États au profit d'intérêts financiers et spéculatifs. Aucunement soucieux de l'intérêt général, ces derniers trouvent même dans les tragédies environnementales l'opportunité de nouveaux profits (climatiseurs, pollinisateurs artificiels...).

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Les plus belles résolutions des gouvernants et de la classe politique sont sans effet face à la pression des intérêts financiers quand une occasion de profit se fait jour ici ou là.

Ainsi, jusqu'au début du XXIe siècle, le Canada, riche en énergie hydroélectrique renouvelable, mettait volontiers en avant son souci de l'environnement. Suite à la découverte de fabuleux gisements de schistes bitumineux dans l'Alberta, il a jeté aux orties sa vertu pour se vouer sans vergogne à leur exploitation.

En France, les déclarations grandiloquentes sont aussi de peu de poids quand il s'agit d'implanter un centre commercial sur 330 hectares de terres fertiles au nord de Paris ou d'exploiter un gisement aurifère dans la forêt guyanaise. C'est le signe que nous n'avons nullement renoncé à poursuivre notre course au profit, avec toujours le prétexte de la « création d'emplois » qui fait fi des emplois détruits par ailleurs (par exemple dans les commerces indépendants du nord de la région parisienne) et des vies saccagées par la pollution (dans la forêt guyanaise).

De l'économie paysanne à la prédation

Avant le XXe siècle, les Européens, en avance sur le reste du monde, avaient patiemment élaboré une économie de marché fondée sur l'État de droit et des relations de confiance.

Cette économie était imprégnée des principes hérités de la paysannerie, à savoir une exploitation prudente des ressources naturelles. Les mêmes principes se retrouvaient dans toutes les grandes civilisations : Méditerranée, Europe, Chine, Indes, Andes... Constamment exposées aux risques de disettes et de famines, toutes ces civilisations avaient pu s'épanouir en ménageant la nature et en gérant l'espace avec parcimonie et intelligence.

Ce modèle s'est enrayé au XXe siècle, d'une part avec d'une part l'apparition de techniques d'une efficacité ravageuse (machines agricoles, produits phytosanitaires, combustion du pétrole...), d'autre part avec l'émergence des États-Unis comme puissance dominante.

Les Européens ont regardé l'american way of life avec les yeux de Chimène et l'ont adopté sans hésiter après la Seconde Guerre mondiale, suivis à quelques décennies d'intervalle par les riverains de la mer de Chine.

Or, le « modèle » américain est foncièrement différent de tous les précédents. Il a été forgé il y a un à deux siècles par les colons européens quand ils se sont trouvés en présence de ressources naturelles apparemment inépuisables : des plaines infinies et (presque) vides d'hommes qui ne demandaient qu'à être défrichées, des rivières qui ne demandaient qu'à être domptées et des sous-sols à être exploités.

Oublieux de la sobriété de leurs ancêtres et libérés du risque de disette, les Américains ont exploité ces ressources sans souci du lendemain. Ils se sont comportés non plus comme les paysans européens ou chinois soucieux de préserver année après année la fertilité de leur terre, mais comme les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique prélevant leur nourriture sur la nature environnante sans souci de son renouvellement. À cela près que les chasseurs-cueilleurs étaient très peu nombreux et leur prédation sans conséquence sur le milieu. Rien de tel avec les Américains, en nombre croissant et équipés d'outils très efficaces...

Tandis que les villes d'Europe et d'Asie s'étaient peu à peu constituées de façon que tout un chacun puisse accéder à pied au centre, les nouvelles villes américaines se sont très vite écartées de ce modèle. Grâce à l'espace disponible et bon marché et grâce au développement du transport hippomobile puis de l'automobile, elles se sont étendues à l'extrême.

Plus elles s'étendaient, plus elles rendaient l'usage de l'automobile nécessaire. Et plus l'usage de l'automobile se généralisait, moins les aménageurs avaient le souci de l'espace et des distances. L'invention du climatiseur par Carrier en 1902 a même permis aux Américains d'urbaniser les déserts du Nouveau-Mexique et de l'Arizona. Le commerce s'est adapté à la nouvelle donne avec des centres commerciaux isolés, accessibles seulement en voiture. Aucun adulte américain ne conçoit plus de vivre sans sa voiture. Il est symptomatique que la comédie musicale La La Land (2016) débute par un ballet surréaliste au milieu d'un gigantesque embouteillage !

Les voyages en avion se sont à leur tour démocratisés et, pour accélérer leur développement, on s'est interdit dès 1944 de taxer le carburant des avions (kérosène) et les billets internationaux sous le fallacieux prétexte que la réglementation du transport aérien ne peut relever que d'une entente internationale. On en arrive de la sorte à cette absurdité qu'un voyage en avion Paris-New York peut coûter moins cher qu'un voyage en train Paris-Nice (*).

Tout cela a pu se faire grâce au forage du sous-sol américain et à l'extraction d'un pétrole abondant et bon marché.

Aujourd'hui, de Brest à Taipeh, chacun aspire à l'american way of life, avec des villes tentaculaires dévoreuses d'espaces et soumises à l'emprise de l'automobile, des logements climatisés et surchauffés, une à deux voitures par foyer, des voyages en avion en veux-tu en voilà etc. Ce mode de vie concerne tous les pays riches (un quart environ de l'humanité) cependant que les classes supérieures des pays pauvres aspirent à le rejoindre aussi (*).

Le pétrole aujourd'hui deux fois moins cher qu'en 1970 !

Malgré les voeux pieux des gouvernants et des militants écologistes, rien ne semble arrêter la destruction des ressources naturelles. Au contraire, elle est appelée à s'accélérer en raison d'une baisse régulière du prix de l'énergie.

Si nos consommations de charbon, de pétrole, de pesticides et autres engrais chimiques paraissent vouées à une croissance irrésistible depuis plusieurs décennies déjà, cela tient non pas à une quelconque fatalité mais à un choix collectif en faveur d'une énergie bon marché. 

C'est ainsi qu'en France, du fait d'une augmentation très modérée des taxes et des redevances, les produits pétroliers et les autres énergies fossiles sont devenus deux fois moins chers (en valeur relative) qu'en 1970, malgré les deux chocs pétroliers de 1973 et 1978.
• En 1970, en région parisienne, la baguette de pain valait 0,55 franc et le litre de super exactement le double, soit 1,1 franc, environ un tiers du SMIC horaire (*).
• Aujourd'hui, la baguette revient à 1 euro environ (près du double) et le litre de super à 1,3 euro environ (seulement 25% de plus), à peine un sixième du SMIC horaire.

Encore plus instructif, la carte de métro hebdomadaire à Paris coûtait 4,80 francs en 1970 contre 21 euros en 2016 (31 fois plus !), à comparer à l'évolution du litre de super (ci-dessus) ou du gaz : les 10 thermies de gaz (12 kWh) coûtaient 1,1 franc en 1970, environ 0,9 euro aujourd'hui.

Nous résumons ces données dans le tableau ci-dessous :

Du pétrole à satiété
  prix en 1970 (francs)
source : INSEE
prix en 2016 (euros) évolution
(x par)
SMIC horaire 3,3 9,6 20
baguette (250g) 0,55 1,1 14
carte de métro hebdomadaire 4,8 21 31
1 litre de super 1,1 1,3 8
10 thermies de gaz 1,1 0,9 6

 
On voit que le prix de la carte de métro a été multiplié par 31 entre 1970 et 2016 tandis que le litre de super l'a été par 8 seulement. Qu'est-ce à dire ? En 1970, l'échelle des prix guidait l'usager rationnel vers le métro ; en 2016, elle le guide vers la voiture individuelle !

Mieux (ou pire), la carte de métro a augmenté plus vite que le SMIC. Autrement dit, le salarié trop modeste pour s'offrir une voiture a moins de facilités à se déplacer en 2016 qu'en 1970 !

Si aujourd'hui nous sommes dépendants de l'automobile et enclins à consommer tant et plus de pétrole et d'énergies fossiles, ce n'est pas le fruit de notre liberté mais le résultat d'un choix collectif (ou d'un piège) dans lequel nous nous sommes enfermés peu à peu comme dans une addiction à la drogue.

Le premier hypermarché français à Saint-Geneviève-des-Bois (Essonne), 15 juin 1963En France, ce choix collectif a émergé assez clairement sous le gouvernement et la présidence de Georges Pompidou, quand celui-ci s'est proposé de faire entrer le pays dans la modernité (autoroutes, lignes TGV, centrales nucléaires...).

Pour « faire moderne », on a adopté le modèle nord-américain, avec une voiture par adulte et l'hypermarché pour tous (le premier hypermarché français a été ouvert à Sainte-Geneviève-des-Bois, dans l'Essonne, le 15 juin 1963).

Ce choix collectif voulu par la classe dirigeante et entériné par les électeurs est allé de pair avec une baisse relative de la fiscalité sur le pétrole et le gaz.

Dans l'aviation en particulier, on en est arrivé à la défiscalisation totale du kérosène avec pour conséquence de pénaliser des alternatives à l'avion plus économes en énergie, comme le train (*).

Aujourd'hui, le ralentissement de l'économie chinoise et la compétition entre pays exportateurs de pétrole (Arabie, Iran, Russie...) font que le baril est à son prix le plus bas depuis un demi-siècle (environ cinquante dollars le baril de 159 litres). L'exploitation du pétrole bitumineux canadien et du gaz de schiste américain bat son plein.

Dans ces conditions, avec des énergies fossiles qui voient leur prix sans cesse tirés vers le bas, il est vain d'espérer que les États et les particuliers économisent l'énergie ou se rallient massivement et pour de bon à des énergies propres.

Si pleins de bonne volonté que nous soyions, nous devons jour après jour effectuer des choix de consommation avec nos ressources budgétaires. Comment renoncer aux plats préparés de la grande distribution pour des produits frais vendus beaucoup plus cher et qui nécessitent une préparation culinaire ? Comment résister à un adolescent attiré par un séjour linguistique aux États-Unis moins cher qu'une colo dans le Jura ?...

Un pétrole trop accessible

Refrain connu : « Le super ne coûte presque rien à produire ; ce sont les taxes qui l'enchérissent ; c'est un scandale ! »

Il est habituel de dénoncer le poids de la fiscalité sur le pétrole. Mais quand des ressources aussi cruciales que les énergies fossiles sont accessibles par tout un chacun à un coût d'extraction presque nul, la fiscalité est le seul moyen d'en limiter l'abus. Elle est indispensable pour rétablir une cohérence économique dans les échelles de prix, encourager les usagers à se reporter vers d'autres consommations plus économes en énergie et éviter ainsi les gaspillages nuisibles à l'environnement et au climat.

Si le pétrole coulait aussi abondamment que l'eau dans nos campagnes et à un coût quasi-nul, serait-on pour autant en droit de le brûler à satiété ? Pas plus que l'on n'est en droit de gaspiller, polluer et détruire l'eau, l'humus et l'air qui composent notre cadre de vie sous prétexte qu'ils sont gratuits.

« C'est bon pour la croissance » ?

Confrontés à la dégradation de l'environnement, certains économistes se font une raison en y voyant le corollaire inévitable de la croissance économique. Le prix du progrès ! On ne peut pas rester figés dans le passé et la pauvreté !

Mais cette croissance économique est une illusion comptable car on ne se soucie pas d'inscrire au passif du PIB (Produit Intérieur Brut) les destructions d'actifs :
• épuisement des sous-sols,
• usure des sols arables,
• destruction des forêts,
• appauvrissement du patrimoine génétique,
• irruption de maladies nouvelles,
• enlaidissement des paysages...

Autant de déprédations que les générations futures devront compenser à prix d'or ou dont elles devront supporter le coût. Si nous prenions en compte dans le calcul du PIB tout le passif environnemental, autrement dit les dépréciations d'actifs, afin de le provisionner comme dans toute entreprise normale, nul doute que nos taux de croissance économique apparaîtraient plus modestes et sans doute négatifs !

Pour certains économistes, Diafoirus ou Trissotin, les dommages à l'environnement participent à la croissance économique : les pompiers mobilisés contre les incendies de forêt et les secouristes au chevet des accidentés de la route ne contribuent-ils pas au PIB ? Sottise qu'un peu de bon sens suffit à dissiper... 

Ces pompiers et secouristes évitent une dégradation de notre bien-être collectif et individuel. Mais sans les incendies et les accidents provoqués par notre rage prédatrice, ils pourraient s'employer à augmenter ce bien-être, par exemple en aménageant l'espace naturel pour nos promenades ou en assistant les personnes fragiles ou âgées. Leur contribution au PIB serait inchangée mais ce PIB se traduirait par une amélioration de notre bien-être collectif et individuel. N'est-ce pas mieux ?  

Plages du bout du monde

Est-il légitime que nous voyagions à tout propos avec du kérozène détaxé en avion « low cost » ? Une publicité parmi d'autres propose un aller-retour Paris-Montréal pour 370 euros seulement ! C'est un encouragement à prendre l'avion sous n'importe quel prétexte, juste pour se désennuyer pendant une semaine de vacances (*).

En multipliant les opportunités de voyages intercontinentaux, le prix trop bas du kérozène contribue fortement au réchauffement climatique. Mais il débouche aussi sur un tourisme de masse qui sature et dégrade les sites les plus prisés, fait la fortune des grandes agences de voyages et aliène les populations locales sans véritablement les enrichir, tout en apportant peu de profit spirituel ou culturel aux touristes.

Tout cela n'a rien à voir avec un voyage initiatique comme un tour de France ou du monde à pied, en vélo, en bateau, en stop ou encore en train et en avion, voyage auquel on se prépare pendant plusieurs années en faisant des efforts financiers et dont on conserve toute la vie d'intenses souvenirs.

Imaginons donc que demain, le prix du kérosène et des billets d'avion vienne à très fortement augmenter : chacun y réfléchira à deux fois avant de traverser l'océan. À un séjour dans une usine à touristes de Saint-Domingue, nous préférerons un séjour-découverte dans un château de notre pays. Et nous ne nous priverons pas pour autant d'un voyage initiatique dans des contrées lointaines... où nous aurons la satisfaction de ne pas retrouver la foule de nos compatriotes en goguette.

Sacrée voiture !

Il y a un demi-siècle, l'économiste et démographe Alfred Sauvy avait déjà entrevu l'impasse du tout-automobile (Mythologie de notre temps, 1965) : saccage des villes et des campagnes, ruine de l'urbanisme, pression sur les budgets des ménages, importations de pétrole. Et il ne connaissait rien du réchauffement climatique ! Un peu plus tard, le philosophe Ivan Illitch a relancé la critique de la société automobile dans un petit livre à succès (La convivialité, 1973).

En dépit de ces prophètes visionnaires, le tout-automobile ne suscite plus aucun débat dans les pays développés. Les diatribes d'Alfred Sauvy et Ivan Illich semblent appartenir à un très lointain passé et personne n'imagine plus de pouvoir vivre sans voiture, avec en prime la faculté de s'évader chaque année en avion vers des paradis factices.

La France et l'Europe se sont alignées sur l'anti-modèle américain, avec près d'une voiture par adulte et la dissolution des villes.

Les vieux centres urbains et les villages, fruits d'une lente maturation historique, sont étranglés par des zones pavillonnaires, commerciales, industrielles et routières qui ne ressemblent plus à rien. Le mitage péri-urbain aura mis moins d'une génération à détruire les campagnes modelées par quarante générations de paysans précautionneux.

Pour ne rien arranger, on lotit aujourd'hui les campagnes françaises par lots d'une surface minimale réglementaire de 2 500 m2. À raison de quatre maisons par hectare, cela signifie une densité moyenne d'environ 1 000 habitants/km2, de quoi transformer tout le territoire national en un immense lotissement tissé de voies de communication et de zones d'activité et de commerces !

L'éclatement urbain est l'une des principales causes du gaspillage d'énergie à l'origine du réchauffement climatique :
• il rend nécessaire de longs trajets quotidiens en voiture,
• il entraîne les jeunes ménages dans une fuite en avant, toujours plus loin, vers les derniers lieux encore épargnés par la saturation automobile, le bruit et la pollution,
• il accroît les coûts d'infrastructures (réseaux routiers, électriques...) et les nuisances ordinaires (bruit, pollution, maladies respiratoires, gâchis visuel, saccage de paysages ancestraux...).

La première justification apportée à ce phénomène est l'impossibilité de se loger à un prix raisonnable dans les villes. Mauvais calcul : une voiture coûte à son propriétaire un minimum de 500 € par mois d'après l'Agence de l'Environnement (ADEME), non compris les coûts inhérents à la collectivité (entretien de la voirie, accidents, pollution). En se logeant en centre-ville, au plus près de leur emploi et de toutes les commodités urbaines, beaucoup de familles pourraient faire l'économie d'une ou deux voitures, ce qui compenserait en général le surcoût de leur loyer.

L’autre justification est la prétendue aspiration des Français à « vivre à la campagne » avec, pour résultat, dans la plupart des cas, un pavillon dans un lotissement isolé de tout mais environné d’échangeurs, d’entrepôts, de lignes haute tension etc. Cette « aspiration » résulte plus sûrement d’un refus, celui de vivre dans des agglomérations inhumaines, polluées, bruyantes, stressantes, qui plus est encombrées de populations diverses qui s’ignorent et se regardent en chiens de faïence. Lançons une politique urbaine volontariste, comme autrefois Napoléon III et le baron Haussmann ou, plus près de nous, de Gaulle et Paul Delouvrier, et nous verrons bien ce qu’il restera de ladite aspiration à vivre à la campagne !

L'illusion des biocarburants

On veut se convaincre qu'avec les biocarburants, le tout-automobile pourra continuer indéfiniment, même sans pétrole ! Or, le bilan écologique des cultures à usage énergétique s'avère très négatif, d'après une étude publiée par Science (17 août 2007) et citée par Le Monde (19 août 2007). Les agrocarburants sont en effet excessivement gourmands en produits phytosanitaires et en investissements mécaniques. Ils ne font rien qu'accélérer le processus de réchauffement climatique. Qui plus est, ils gaspillent des étendues qui pourraient être vouées à la forêt, à la prairie ou à des cultures nourricières.

La hausse actuelle des prix des céréales, qui fait au moins le bonheur des céréaliers, résulte en partie de l'extension de ces cultures à usage énergétique. Il serait malheureux que notre hargne à vouloir préserver à tout prix le tout-automobile entraîne le retour à des disettes en sus du changement climatique !

Notons que ce choix inconséquent ne serait pas une première dans l'Histoire des hommes : au XVIIe siècle déjà, les gouvernants européens choisirent de privilégier dans leurs colonies du Nouveau Monde la culture du sucre, afin de satisfaire les caprices des Européens fortunés. Comme cette culture était néanmoins très risquée, les États accordèrent des privilèges fiscaux à des compagnies privées (« compagnies à charte ») pour les y encourager ! Cette entreprise spéculatrice, motivée par un choix idéologique, se fit ainsi au détriment des cultures vivrières et surtout se solda par l'introduction de l'esclavage dans le Nouveau Monde (*).

Sortir de l'impasse

Nous sommes tous conscients au fond de nous que notre mode de vie ne peut être généralisé à l'humanité entière, et qu'il devra être réformé à plus ou moins brève échéance. Pourtant, nous nous comportons comme si la voiture particulière et les vols long-courriers étaient devenus des composantes inaliénables de notre identité d'homme moderne... et lorsque nous cherchons des remèdes au réchauffement climatique, nous imaginons des voitures et des avions non-polluants mais jamais une existence (presque) sans voiture ni avion !

Or, dans le meilleur des cas, nous ne disposerons pas avant 2050 de technologies alternatives capables de concilier notre mode de vie avec la préservation des énergies fossiles. Ces technologies existent déjà (nucléaire, moteur à hydrogène, éolien, photovoltaïque, biocarburants...) mais elles sont encore très loin de pouvoir suppléer aux énergies fossiles. Leur industrialisation bute sur des obstacles rédhibitoires comme le stockage de l'énergie (batteries).

Qui plus est, la mise en oeuvre de ces technologies requiert des procédés destructeurs de l'environnement : extraction de métaux spéciaux (terres rares, coltan, cobalt...). Ces procédés sont eux-mêmes coûteux en énergie. Par exemple, les panneaux photovoltaïques dont la Chine inonde les marchés occidentaux requièrent pour leur fabrication une quantité énorme d’énergie conventionnelle cependant que leur durée d'utilisation ne dépasse pas quinze à vingt ans, avec un rendement qui décroît très vite dans le temps ; il est donc vraisemblable qu’ils coûtent à la fabrication plus d'énergie fossile qu'ils ne produiront d'énergie solaire pendant toute leur période d'activité !

Comme le réchauffement climatique n'attendra pas encore plusieurs décennies pour se manifester dans toute son ampleur, nous devons inventer de nouveaux modes de vie fondés sur un usage limité de la voiture et de l'avion ainsi que sur des logements sobres en énergie. Cela dépasse la compétence des chercheurs et des constructeurs aéronautiques ou automobiles mais relève de choix politiques, économiques et urbanistiques. Notre responsabilité de consommateurs, de citoyens et d’électeurs est directement engagée. Nous ne pourrons pas dire : « Je n'y pouvais rien ».


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Illusions techniciennes

Publié ou mis à jour le : 2019-02-14 18:53:22

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L'Allocation universelle, une utopie fondatrice...
 

Une échelle des prix insensée à l'origine du réchauffement climatique
 

Migrations préjudiciables à toutes les parties...
 

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