Le blog de Joseph Savès
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Quel avenir pour la planète ?
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Quel avenir pour la planète ?

La guerre façon Churchill


Nous avons le plus grand mal à admettre le lien entre notre mode de vie et le réchauffement climatique en cours car nous craignons de devoir renoncer à ce qui fait l'agrément de nos existences : l'énergie bon marché, les sorties en automobile, les voyages en avion, les plats cuisinés pas chers etc.

Regardons cette réalité sans tabou. Ainsi verrons-nous se dégager des solutions inattendues, non violentes et respectueuses de notre liberté...

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Si l'on convient que le réchauffement climatique est un défi comparable à une guerre mondiale, il faut le combattre à la manière dont Clemenceau en 1917 ou Churchill en 1940 ont combattu leurs ennemis, avec un programme politique en trois points, pas un de plus : « 1) je fais la guerre ; 2) je fais la guerre ; 3) je fais la guerre ! »

Ce programme professé par des hommes d'État déterminés est l'antithèse de la politique du compromis : « Et en même temps... », comme de la gestion comptable des chefs d'entreprise : « Nous allons investir dans la rénovation thermique des bâtiments par étapes, mais il faut nous laisser le temps de nous adapter, recruter et former le personnel... »

Ce programme signifie concrètement que les politiques sociale, économique, éducative... doivent être subordonnées à l'effort de guerre, sans délai ni limite. Dès maintenant, par exemple :
• On dissuade de construire hors des villes et des bourgs si l'on veut éviter aux habitants un usage quotidien de l'automobile dans les décennies à venir,
• On n'investit plus dans de nouvelles autoroutes ou de nouveaux aéroports si l'on admet que, dans deux décennies, on roulera et volera beaucoup moins qu'aujourd'hui.
• On ne subventionne plus les cultures de céréales à des fins énergétiques (biocarburants) si l'on croit réellement à une réduction prochaine de l'usage de l'automobile.

En d'autres termes, 1) aucune mesure n'est opportune si elle ne s'intègre pas dans la prévention du réchauffement climatique, 2) toute mesure qui contredit un tant soit peu cet effort de guerre est importune.

Cette guerre-là peut-elle être engagée au niveau d'un pays et d'un seul ? Oui, dans un premier temps, de même que l'Angleterre de Churchill a combattu Hitler seule pendant un an (1940-1941), préparant le terrain aux Américains et aux Soviétiques.

Agir dès maintenant au niveau national !

Il vaut mieux partir seul qu'attendre un illusoire consensus européen ou planétaire.

À ceux qui, malgré tout, ne jurent que par la concertation internationale, le fameux protocole signé à Kyoto en 1997 en montre les limites : l'Inde et la Chine ont été dispensées de l'appliquer ; les États-Unis l'ont boudé et les Européens qui l'ont, eux, ratifié ne l'ont pas mieux respecté que les autres ! Quant à l'accord de Paris en 2015 (COP 21), on voit comment l'élection de Donald Trump a suffi à l'étrangler... De toute façon, ce protocole et cet accord, fruit de multiples compromis, n'auraient au mieux réduit que de quelques dixièmes de degrés Celsius le réchauffement à venir.

Une action au niveau européen demeure improbable à moins d'une mobilisation exceptionnelle du Parlement de Strasbourg : depuis que la classe dirigeante a fait le choix, il y a vingt-cinq ans, de la monnaie unique et de l'ouverture des frontières, aucun projet n'a succédé à tous ceux qui avaient fait la fierté des citoyens (Airbus, Arianespace, Erasmus, Schengen...).

Toute l'énergie de l'Union européenne est vouée à la préservation de l'euro et à l'extension du libre-échange (traité CETA avec le Canada). Ces politiques ont accru comme jamais les dissensions entre les États. Chacun joue sa propre carte et, par exemple, il est exclu que l'Union européenne taxe un jour les GAFA (géants américains de l'internet) simplement parce que l'Allemagne craint des mesures de rétorsion contre ses exportations d'automobiles aux États-Unis !   

Le cadre national, où s'exerce la seule véritable souveraineté démocratique, demeure le cadre le plus approprié pour une initiative pionnière contre le réchauffement climatique.

Pour le pays qui aura l'audace d'engager la guerre contre le réchauffement climatique sans attendre un illusoire consensus européen ou mondial, il n'y aura - on le verra - que des avantages à en attendre :
• en premier lieu des économies notables sur les importations de combustibles (charbon, gaz, pétrole),
• en deuxième lieu, moins de tensions sur le pouvoir d'achat du fait de la réduction des besoins énergétiques,
• en troisième lieu, moins de pollutions et de stress et un environnement plus agréable et plus attractif.

Par sa taille et sa situation centrale au cœur de l'Union européenne, la France a tous les atouts pour montrer la voie à ses partenaires européens.

Pivot historique de la construction européenne, placée qui plus est au centre géographique de la partie la plus active du continent (entre le nord et le sud, entre l'Allemagne, la péninsule ibérique et les îles britanniques, la France est indispensable à l'Union. L'Union peut admettre de se séparer de la petite Grèce ou de l'Angleterre périphérique, pas de la France. 

Le peuple français et ses représentants seraient donc bien avisés de jouer cette carte, de la même façon que l'Allemagne use et abuse de sa puissance économique pour faire plier les gouvernements et les peuples hostiles à sa vision en matière de monnaie et de comptes publics.

Les dirigeants européens ne pourraient prendre le risque de contrarier la volonté souveraine de la France si celle-ci décidait d'engager la révolution écologique en usant de son droit à l'expérimentation, au demeurant inscrit dans les traités européens. L'éventualité d'un référendum sur une sortie de l'Union (Frexit) devrait réduire au silence les menaces de représailles à l'encontre du peuple français !

La guerre contre le réchauffement climatique implique sans doute de prendre des libertés avec les injonctions néolibérales de Bruxelles (Commission européenne) et Francfort (Banque centrale européenne). Ces libertés sont légitimes dès lors qu'elles sont voulues par le peuple souverain et n'induisent pas de discriminations entre firmes nationales et firmes européennes.

La France peut s'engager à un retour dans le rang au bout d'une législature (cinq ans) si d'aventure, son offensive environnementale s'avérait inefficace et contre-productive. Dans le cas contraire, les autres peuples européens ne se feraient pas faute de l'adopter, à leur tour suivis par les Asiatiques et les Américains.

Il n'a fallu que cinq mois à Clemenceau et une année à Churchill pour faire basculer le sort de la guerre en 1917-1918 et 1940-1941. Leur ambition était folle. C'est pour cela qu'elle a réussi... 

Des incitations à agir dans le sens de l'intérêt général

Mais n'avons-nous pas déjà tout essayé en matière d'environnement ?... Non. Nous avons multiplié les lignes Maginot et les défilés martiaux mais nous n'avons encore rien fait pour réorienter notre mode de vie dans le sens d'une plus grande sobriété énergétique !

- Je vous voir venir. Vous voulez réintroduire le rationnement ? Militariser l'économie et la société ? Généraliser le « modèle » cubain ?
- Bien au contraire, je propose un retour au libéralisme des « Lumières », fondé sur l'incitation positive : l'État définit l'intérêt général et fait en sorte, par une fiscalité et des lois bien orientées, que l'intérêt égoïste de chacun, particulier ou entreprise, rejoigne l'intérêt général. Cette démarche est à l'opposé du néolibéralisme contemporain, avec des États qui lâchent la bride des prédateurs et jouent la mouche du coche.

La guerre contre le réchauffement climatique doit ainsi passer par des mécanismes législatifs, réglementaires et fiscaux qui ne lèsent personne mais convainquent chacun de son intérêt à modérer sa consommation d'énergie et à réformer ses choix de vie. L'objectif central est une réduction drastique de toutes les consommations d'énergie qui 1) ne sacrifie pas notre bien-être et 2) ne lèse pas les populations pauvres de la planète.

Corrélativement, cet objectif énergétique doit se doubler d'une refonte de nos villes et de leur système de transport, les villes modernes étant saturées en énergie, stress, bruit, pollution, encombrement etc. Autre champ d'action : l'agro-industrie, qui a aussi atteint ses limites : l'excès de produits phytosanitaires et de moyens mécaniques en vient à dégrader la qualité des sols, la productivité à l'hectare et la qualité des produits agricoles et alimentaires eux-mêmes.

Nous verrons ci-après qu'il existe à notre boulimie d'énergie une alternative indolore et même stimulante. Conforme à l'économie de marché, elle consiste à faire payer l'énergie à son « juste prix »  sans léser personne.


Publié ou mis à jour le : 2019-02-07 10:55:30

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