Le blog de Joseph Savès
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Quel avenir pour la planète ?
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Quel avenir pour la planète ?

Le réchauffement climatique ? Connais pas !


Le réchauffement climatique est un phénomène sans précédent dans l'Histoire de l'humanité par sa rapidité et son ampleur (*). Il n'est plus personne de sensé qui le conteste (sauf à la Maison Blanche si tant est qu'il y ait des personnes sensées en ce lieu) devant la multiplication des accidents météorologiques dans le monde, plus fréquents et plus graves d'année en année (sécheresses, canicules, inondations, ouragans, fonte des glaces, recul des glaciers...).

Ce défi planétaire a déjà suscité beaucoup de débats controversés et des gesticulations politiques restées jusqu'à ce jour sans résultat : chaque avancée (par exemple dans la chasse aux CFC ou le développement de véhicules plus sobres) est plus que compensée par des facteurs aggravants comme l'extension des villes, l'artificialisation des sols, la croissance des transports ou encore l'exploitation des gaz de schiste...

Nous nous proposons de décrire le phénomène et d'en identifier les causes. Nous verrons que celles-ci dérivent avant tout d'un choix de société particulièrement prédateur, l'american way of life. À partir de là, nous avancerons des pistes de réflexion sur le meilleur antidote au réchauffement climatique.

Nous verrons sans surprise que le remède passe par un réexamen de notre mode de vie, dans lequel nous nous sommes englués et qui en vient aujourd'hui à générer plus d'inconvénients que de gains : l'espérance de vie commence à reculer aux États-Unis et dans quelques autres pays « avancés », l'alimentation est source de nouvelles épidémies dont l'obésité, l'agro-industrie et la pollution urbaine affectent nos organismes (asthme, diminution des spermatozoïdes...), nos étés deviennent des fournaises, les transports urbains et la compétition pour l'emploi sont sources de stress et ne nous laissent plus le temps de nous divertir et aimer, nos campagnes et nos villes façonnées par quarante générations deviennent des capharnaüms où la laideur le dispute à l'insignifiance.

Que pèsent à côté de cela les prodiges des petits génies de la Silicon Valley en matière de multimédia, de téléphonie et de domotique ? Devons-nous interpréter comme un gain économique le remplacement prochain des abeilles par des pollinisateurs artificiels ? Ou le développement des techniques de PMA (procréation médicalement assistée) en compensation des effets ravageurs des perturbateurs endocriniens et des particules fines sur la fertilité humaine ?...

Les canicules meurtrières qui ont frappé l'hémisphère nord en cette année 2018 traduisent un risque d'emballement. Tout s'accélère. Les climatologues craignent maintenant plus que jamais des rétroactions positives telles que le réchauffement ne pourrait plus être ralenti : absorption accrue du rayonnement solaire par les eaux polaires du fait de la fonte de la banquise, accroissement des émissions de gaz carbonique par la libération du permafrost sibérien, saturation des océans en gaz carbonique etc. Dans cette éventualité, un scientifique américain s'avance jusqu'à prédire une chute de la population humaine de 7 à 1 milliard d'individus, soit le niveau d'avant la révolution industrielle.

Sans une action collective, rapide et sans concession, l'humanité court le risque de basculer dans une catastrophe sans précédent historique et même préhistorique.

Les solutions sont à notre portée. De nature essentiellement fiscales, elles sont relativement indolores et souriantes, même si cela peut surprendre. Elles sont porteuses d'espérance et de nature à rendre confiance en l'Homme et en la Nature. Elles peuvent être conduites pays par pays, avec un avantage concurrentiel et moral pour celui qui ouvrira la voie aux autres. Il n'y manque que la volonté politique et pour les citoyens l'audace de s'engager dans ce combat par leur vote et par un soutien sans faille aux élus et aux gouvernants qui auront le courage d'affronter le vieux monde des corporations et des multinationales avides de profits à court terme.

Des responsables hésitants

En 1988, James Hansen a mis en évidence le fameux « effet de serre » et la relation entre le réchauffement de l'atmosphère et les émissions de gaz issues de la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz). 

Mais il a fallu attendre près de trois décennies pour que cette menace arrive au premier plan de l'actualité : film-documentaire d'Al Gore, chiffrage du coût à venir du réchauffement climatique (5 500 milliards d'euros), mesures en Californie contre les constructeurs automobiles, conférence de l'ONU sur le climat à Nairobi (6 novembre 2006), panne d'électricité en Europe (nuit du 4 au 5 novembre 2006).

Bien avant de devenir ministre de l'Environnement, l'animateur Nicolas Hulot a relancé en France le débat en reprochant aux responsables politiques, Verts compris, de ne guère s'en soucier. Lui-même a publié un excellent ouvrage sur le sujet : Pour un pacte écologique (Calmann-Lévy).

Puis, en 2008, la crise des subprimes est arrivée ! Dans le même temps, les Américains se sont lancés avec fougue dans l'exploitation du pétrole de schiste et le prix du baril est passé de plus de 100 dollars à moins de 50 en 2017.

Il n'a plus été question de faire de l'écologie un impératif collectif et planétaire. Elle est devenue un sujet de conversation parmi d'autres dans les salons.

Tous les Français ne sont-ils pas écologistes ? Les propriétaires de 4x4 n'aiment-ils pas les charmes de nos sous-bois ? Les amateurs de trekking népalais, de rallyes sahariens ou de plages tropicales ne déplorent-ils pas la dégradation des dernières étendues vierges du globe ?...

Nous sommes écologiques à notre manière. Nous refusons les OGM. Nous trions nos ordures. Et quand un incinérateur, une autoroute, un aéroport ou une usine menace notre tranquillité, nous manifestons et même votons pour les listes des Verts.

Les Verts, qui ont émergé dans le paysage politique à la faveur des premiers chocs pétroliers (1973-1978), sont devenus comme cela le premier parti d'élus avec un conseiller municipal, départemental ou régional pour 3 militants sans compter quelques leaders au Sénat ou au Parlement de Strasbourg. Les élus écologistes surfent sur la vague sentimentale mais se gardent de troubler le confort de leurs sympathisants et électeurs et de remettre en cause leur mode de vie.

Du nucléaire au glyphosate

Les Verts sont mal à l'aise avec le réchauffement climatique parce qu'il met en cause notre modèle de société, fondé sur le tout-automobile, sur une énergie bon marché et une exploitation intensive des ressources naturelles. Le combattre exige des efforts de l'ensemble des citoyens !

Ils lui ont jusqu'à ce jour préféré le combat contre le nucléaire, qui vise seulement une poignée d'acteurs. Mais aujourd'hui, fermer des centrales nucléaires revient à ouvrir des centrales thermiques, au charbon ou au gaz, génératrices de gaz à effet de serre. Difficile à admettre !

Les Verts ont enfourché un nouveau cheval de bataille : les risques bien réels liés aux OGM (organismes génétiquement modifiés), aux perturbateurs endocriniens et aux pesticides, en particulier le glyphosate, composant actif du Roundup. Ces combats bien ciblés ont, pour les élus, l'intérêt de ne pas remettre en cause le mode de vie de leurs sympathisants. Ils sont circonscrits à une grosse entreprise américaine, Monsanto, ce qui ne les rend pas plus aisés pour autant.

Pour ne rien arranger, la fusion en 2018 de cette entreprise avec la puissante firme chimique allemande Bayer pourrait conduire le gouvernement allemande à prendre son parti contre les Grünen et autres Verts... De la même façon, le Canada, qui se posait en modèle écologique avec ses centrales hydroélectriques a eu vite fait d'abandonner cette posture quand il s'est agi d'exploiter les schistes bitumineux de l'Alberta.

Un phénomène sans précédent

Toutes les études scientifiques collationnées par le GIEC (au sein de ce Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat sont représentés l'Europe, la Russie, la Chine, l'Arabie, les États-Unis...) mettent en évidence de façon irréfutable l'origine anthropique des émissions de gaz à effet de serre à l'origine de l'actuel réchauffement climatique. « Les modèles mathématiques élaborés depuis 1990 sont régulièrement confirmés par les mesures de température », renchérit Hervé Le Treut, directeur du laboratoire de météorologie dynamique (Université Pierre et Marie Curie, Paris).

Les modèles prévisionnels sont même dépassés par la réalité : en consumant plus vite que prévu les énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon), le boum des économies asiatiques bouleverse tous les pronostics des scientifiques (la Chine est devenue en 2009 le premier émetteur de gaz à effet de serre devant les États-Unis).

La machine climatique est peut-être déjà en train de s'emballer comme le montre la fonte accélérée du permafrost sibérien, de la banquise et des glaces du Groenland et de l'Antarctique. Sans parler des anomalies climatiques comme la multiplication des ouragans et des périodes caniculaires.

Aucun savant n'imaginait il y a vingt ans que ces phénomènes pussent se produire avant un siècle. Maintenant, certains se demandent s'il ne faudra pas en passer par la chirurgie lourde pour sauver notre écosystème : par exemple l'immersion de fer dans les océans pour accélérer la croissance du phytoplancton et piéger ainsi le gaz carbonique, la culture massive de colza qui serait ensuite lyophilisé et enfoui dans le sous-sol pour recréer le charbon que nous avons brûlé (!), voire l'envoi de grandes quantités de soufre dans la haute atmosphère pour réfléchir la lumière du soleil ! Autant de solutions périlleuses qui reviendraient à placer la Terre sous assistance respiratoire permanente.

– Les causes

Les causes du réchauffement sont assez clairement identifiées :

• 1) Les gaz à effet de serre à l'origine du réchauffement actuel sont émis en premier lieu par les transports (automobile et avion) autour desquels s'est organisé le mode de vie contemporain.

Ces gaz à effet de serre viennent de la combustion du carbone fossile (charbon, gaz, pétrole, schistes). Les techniques actuelles permettent d'obtenir de cette façon de l'énergie à un coût très bas, d'où l'usage inconsidéré qui en est fait, sans considération des dégâts pour la planète. 

Notons que si une technique encore plus avantageuse permettait de produire de l'énergie à partir de l'oxygène de l'air, nul doute qu'il se trouverait des lobbies pour justifier la décomposition de l'air au risque de nous priver d'atmosphère à moyen terme !...

• 2) Nos sociétés post-industrielles agissent en prédatrices. Elles épuisent les ressources naturelles du sol et du sous-sol, dévastent les forêts primaires et les sols arables, exterminent la faune sauvage des forêts et des océans sans leur laisser le temps de se régénérer.

• 3) Les paysans du tiers monde (Brésil, Indonésie, Afrique noire...) ont leur part dans la dégradation de l'environnement. À la différence des anciens paysans chinois ou européens, ils pratiquent une agriculture extensive sur brûlis pour un profit dérisoire et par manque de savoir-faire. D'autres détruisent les forêts primaires afin de vendre les essences rares, planter des palmiers à huile ou exploiter le minerai du sous-sol, pour le seul bénéfice de quelques compagnies sans scrupules. 

C'est l'ignorance et la soumission  aux multinationales qui poussent des paysans à brûler les dernières forêts primaires au Brésil, à Madagascar, Haïti ou Bornéo. Sait-on que 80% du charbon de bois que brûlent les ménages français dans leurs barbecues dominicaux viennent d'Afrique subsaharienne ? 

• 4) La prédation vient des sociétés « développées » qui ont adopté l'american way of life après la Seconde Guerre mondiale et gaspillent les ressources de la planète pour leur satisfaction immédiate, sans se soucier (et pour cause) des générations futures. Elles représentent au total moins de deux milliards d'humains sur près de huit milliards et se caractérisent par une très faible fécondité (moins de deux enfants par femme).

Ces sociétés, qui semblent résignées à briser la chaîne des générations et disparaître, pourraient reprendre à leur compte l'expression attribuée à la Pompadour : « Après nous le déluge ! ». Elles se comportent comme les anciens habitants de l'île de Pâques qui auraient sacrifié leur avenir et leur survie à leur passion sans limite pour les belles statues.

Soulignons que la démographie n'est nullement en cause dans le réchauffement climatique. Toutes les régions du monde s'orientent vers une stabilisation, voire une diminution de leur population (Europe)... à l'exception de l'Afrique subsaharienne, qui est précisément la région du monde la moins « polluante » !

C'est ainsi que si le quart le plus riche de l'humanité disparaissait aujourd'hui, le réchauffement climatique s'interromprait immédiatement ; si les trois quarts les plus pauvres disparaissaient, il se poursuivrait presque au même rythme !

– Les conséquences

D'ici dix ou vingt ans, si l'on en croit les experts, peut-être sera-t-il trop tard pour enrayer le réchauffement climatique ou du moins s'y adapter sans trop d'à-coups.

En attendant, ses conséquences pourraient, à l'échelle de la planète, se révéler plus dramatiques que les dernières guerres mondiales : sécheresses et famines, migrations massives, crises économiques et conflits, maladies liées aux pollutions etc.

Un économiste britannique, Nicolas Stern, en a même chiffré le coût dans un rapport au gouvernement de Tony Blair : 5 500 milliards d'euros d'ici 2050, soit autant que les deux guerres mondiales ou la crise de 1929 (notons qu'il n'a pas pris en compte les éventuels bénéfices du réchauffement comme la mise en valeur de déserts glacés) ! Pour Nick Stern, le choix n'est plus entre la protection de l'environnement et la croissance économique mais : soit on se mobilise contre le réchauffement, soit on n'en fait rien et l'on doit se préparer à une récession de grande ampleur.

Des groupes de travail, en France et dans le reste du monde, estiment que, pour contenir la catastrophe et limiter l'élévation moyenne de la température à 2°C d'ici 2050, il faudrait dans un pays comme la France rapidement diviser par quatre le total des émissions de carbone. Pareil objectif implique non des incantations pieuses et des forums à grand spectacle mais une politique déterminée et audacieuse.

Les transports et l'industrie, principaux coupables

Le graphique ci-après décrit la répartition des émissions de gaz à effet de serre dans les 28 États de l'Union européenne en 2014.

On observe la part prédominante des industries de l'énergie (production d'électricité) ainsi que des transports (automobiles, avions, bateaux). Le fret maritime intercontinental n'est pas ici pris en compte.

Émissions de gaz à effet de serre dans les 28 États de l'Union européenne en 2014

Il ressort de ces chiffres que l'objectif de diviser par quatre les émissions de carbone ne peut s'obtenir sans de sévères économies d'énergie et une remise en cause des postes tertiaire et résidentiel et transports. 

Dans les faits, nous en prenons la direction opposée, dans l'illusion d'étendre à l'ensemble de l'humanité la vision américaine du confort : une voiture par adulte, pas de logement sans climatisation, des vacances en avion aux antipodes etc. La Chine et l'Asie du sud ayant, après l'Europe, adopté cet anti-modèle de développement, nous assistons à un emballement de tous les indicateurs écologiques.

Jamais à court de tromperie, industriels et lobbies en quête de profits nous font croire à une conversion quasi-complète de nos sociétés à des énergies « propres » avant l'inéluctable, soit d'ici le milieu du XXIe siècle ! Ainsi pourrions-nous poursuivre notre rêve américain sans souci de quoi que ce soit. Mais qui peut sérieusement le croire ? Le miracle est hors de portée, ne serait-ce qu'en raison de nos difficultés à stocker l'énergie produite par le vent ou le soleil. L'industrialisation des batteries, toute entière passée aux mains de la Chine, est encore très loin de répondre aux attentes et il s'écoulera au minimum plusieurs décennies avant que soient généralisées les énergies renouvelables.

D'ici là, avec une hausse moyenne des températures très probablement supérieure à 3°C, l'humanité aura basculé dans un autre univers. À moins d'avoir fait le choix d'un autre modèle de société...


Publié ou mis à jour le : 2018-10-20 12:10:23

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

André (21-11-201712:34:38)

Qui peut encore se définir comme "climatosceptique" ? Trop d'indices, trop d'évidences pour que l'on puisse encore douter du réchauffement climatique !


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Historien de l'économie, je publie régulièrement des analyses et des éditoriaux sur le site Herodote.net.
J'ai réuni ici mes billets d'humeur sur l'actualité, mes analyses sur les échanges, la monnaie, les migrations, la construction européenne ainsi qu'un projet d'allocation universelle et une approche fiscale des enjeux environnementaux.


 

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