Le blog de Joseph Savès
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Quel avenir pour la planète ?
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Climat

Le réchauffement climatique ? Connais pas !


6 août 2006 (mise à jour le 18 novembre 2017) : malgré des indices convergents, une fraction importante de l'opinion publique persiste à contester le réchauffement climatique et ses origines anthropiques.

Elle y est encouragée par des faiseurs d'opinion soucieux de conserver leurs prébendes attachés à l'american way of life, un mode de vie exceptionnellement prédateur (énergie à gogo, délitement des villes, saturation automobile, ciel encombré...).

Plusieurs décennies après la révélation du réchauffement climatique par James Hansen, l'environnement revient au premier plan de l'actualité : film-documentaire d'Al Gore, chiffrage du coût à venir du réchauffement climatique (5 500 milliards d'euros), mesures en Californie contre les constructeurs automobiles, conférence de l'ONU sur le climat à Nairobi (6 novembre 2006), panne d'électricité en Europe (nuit du 4 au 5 novembre 2006).

Des responsables hésitants

L'animateur Nicolas Hulot a relancé en France le débat sur le réchauffement climatique en reprochant aux responsables politiques, Verts compris, de ne guère s'en soucier. Lui-même vient de publier un excellent ouvrage sur le sujet : Pour un pacte écologique (Calmann-Lévy).

Tous les Français ne sont-ils pas écologistes ? Les propriétaires de 4x4 n'aiment-ils pas les charmes de nos sous-bois ? Les amateurs de trekking népalais, de rallyes sahariens ou de plages tropicales ne déplorent-ils pas la dégradation des dernières étendues vierges du globe?...

Nous sommes écologiques... à notre manière. Nous refusons les OGM. Nous trions nos ordures. Et quand un incinérateur, une autoroute, un aéroport ou une usine menace notre tranquillité, nous manifestons et même votons pour les listes des Verts.

Les Verts, qui ont émergé dans le paysage politique à la faveur des premiers chocs pétroliers (1973-1978), sont devenus comme cela le premier parti d'élus avec un conseiller municipal, général ou régional pour 3 militants sans compter quelques leaders au Sénat ou au Parlement de Strasbourg.

La vie est belle et palpitante pour la sénatrice Dominique Voynet et ses amis. Ils peuvent à longueur d'année apporter leur grain de sel dans les débats politiques, à la télé, à la radio ou dans la presse, et s'en voudraient d'en manquer un seul. Pour cela, ils mettent un point d'honneur à s'exprimer sur tous les sujets du moment : enfants sans-papiers, école en crise, inégalités sociales, drames du Darfour ou du Proche-Orient...

Le leader Vert Noël Mamère monte au créneau sur le mariage homosexuel et n'a pas de scrupule à accueillir dans sa commune de Bègles, près de Bordeaux, une immense zone commerciale dédiée à la voiture. Il ne parle d'écologie que pour dénoncer les Américains et leur président. Quant à son ami Alain Lipietz, il vote au Parlement européen la directive qui légitime le chocolat aux huiles végétales, au détriment des consommateurs et des producteurs de cacao africains ; et il attaque en justice la SNCF au prétexte que l'entreprise ferroviaire aurait collaboré avec les nazis...

« Qu'avons-nous donc besoin que Nicolas Hulot vienne nous parler du réchauffement climatique ? Ca n'intéresse plus personne sauf les marchands de climatiseurs et de glaces ! » semblent nous dire Dominique, Noël, Alain et leurs amis.

Du nucléaire aux OGM

Les Verts sont mal à l'aise avec le réchauffement climatique parce qu'il met en cause notre modèle de société, fondé sur le tout-automobile. Le combattre exige des efforts de l'ensemble des citoyens !

Ils lui ont jusqu'à ce jour préféré le combat contre le nucléaire, qui vise seulement une poignée d'acteurs. Mais aujourd'hui, fermer des centrales nucléaires revient à ouvrir des centrales thermiques, au charbon ou au gaz, génératrices de gaz à effet de serre. Difficile à faire admettre ! Du coup, le combat contre le nucléaire est passé à l'arrière-plan des enjeux écologiques.

Les Verts ont enfourché un nouveau cheval de bataille : les risques liés aux OGM (organismes génétiquement modifiés). Ces risques virtuels sont sans commune mesure avec les risques bien réels induits par le réchauffement climatique, y compris en ce qui concerne la biodiversité et la santé humaine. Mais cette objection est de peu de poids face à l'intérêt politique de ce combat qui ne lèse qu'une poignée d'agriculteurs, quelques chercheurs et une grosse multinationale, américaine de surcroît, Monsanto.

Les scientifiques contre l'opinion publique

Voilà déjà deux décennies que des modèles mathématiques ont mis en évidence la relation entre le réchauffement de l'atmosphère et les émissions de gaz issues de la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz). C'est le fameux « effet de serre ».

Des hommes politiques, des lobbyistes, des journalistes et même quelques scientifiques ou pseudo-scientifiques comme Claude Allègre (un géochimiste, pas un climatologue !) et Serge Galam (*), professeur d'épistémologie à Polytechnique, entretiennent le doute sur ce phénomène et ses causes (humaines ? naturelles ?), ce qui a l'heur de rassurer l'opinion publique.

N'empêche ! Quelques esprits chagrins commencent à penser que le réchauffement climatique est devenu l'enjeu majeur des prochaines années. Parmi eux, la quasi-totalité des climatologues... et des historiens mais aussi des personnalités inattendues comme le gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger, et l'« ex-futur président des États-Unis » Al Gore, vedette du film-plaidoyer Une vérité qui dérange (2006) et Prix Nobel de la paix (2007).

Il faut remonter aux dernières glaciations, il y a 30 000 à 16 000 ans, pour discerner des changements climatiques d'une ampleur comparable. Pendant la période interglaciaire qui les a précédées, il y a 120000 ans, les températures, en certains endroits comme le Groenland, étaient de 3 à 5°C supérieures à ce qu'elles sont aujourd'hui... et comparables à ce qu'elles seront avant 2100 avec, entre autres conséquences, une élévation de plusieurs mètres du niveau des océans en relation avec la dilatation de l'eau de mer sous l'effet de l'augmentation de température.

Le Groenland, l'Histoire et le climat

Le Moyen Âge a connu un modeste redoux dont les conséquences ont néanmoins été importantes comme en témoignent les chroniques sur le Groenland.

C'est en 982 que le Viking Éric le Rouge découvre une grande île chargée de glace avec quelques maigres prairies sur les littoraux. Il la baptise Groenland, un nom qui signifie « terre verte », histoire d'y attirer des colons !

Éric le Rouge a pu accéder au Groenland grâce au réchauffement climatique qui a perduré de l'époque de Charlemagne (VIIIe siècle) à celle de Saint Louis (XIIIe siècle). Cet «  optimum médiéval » a libéré le Groenland de sa barrière de glaces flottantes, au moins en été, et facilité le développement des prairies littorales. La petite colonie viking disparaît à la fin du Moyen Âge avec le retour à des températures plus froides.

« L'optimum médiéval s'est soldé par une élévation de température de quelques dixièmes de degré », précise Hervé Le Treut, directeur du laboratoire de météorologie dynamique (Université Pierre et Marie Curie, Paris). « Il n'a donc rien de comparable avec le réchauffement climatique en cours qui, lui, se soldera par une élévation de température de 2 à 6°C d'ici 2100 ».

Il n'empêche que ce léger radoucissement du climat a facilité sur le continent européen les grands défrichements et contribué à l'augmentation de la population... L'historien du climat Emmanuel Le Roy Ladurie écrit en 1967 : « Sans doute, le climat de ces quatre siècles, des Carolingiens aux grands défrichements, semble avoir été assez doux, aussi doux qu'au XXe siècle, ou peut-être même un peu plus ; et il n'est pas déraisonnable de penser que les Vikings en ont profité (sans le savoir) pour coloniser les marges les plus septentrionales et les plus revêches de leur expansion : Islande et Groenland.
Mais il n'est guère possible d'aller au-delà de ces hypothèses prudentes. (...) Un simple exemple, entre dix autres possibles : le noisetier n'a pas reconquis au XIe siècle ses positions « optimales » vers le nord de la Scandinavie... » (Histoire du climat depuis l'an mil, Flammarion, 1967).

Un phénomène sans précédent

Toutes les études scientifiques collationnées par le GIEC (au sein de ce Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat sont représentés l'Europe, la Russie, la Chine, l'Arabie, les États-Unis...) mettent en évidence de façon irréfutable l'origine anthropique des émissions de gaz à effet de serre à l'origine de l'actuel réchauffement climatique. « Les modèles mathématiques élaborés depuis 1990 sont régulièrement confirmés par les mesures de température », renchérit Hervé Le Treut, directeur du laboratoire de météorologie dynamique (Université Pierre et Marie Curie, Paris).

Les modèles prévisionnels sont même dépassés par la réalité : en consumant plus vite que prévu les énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon), le boum des économies asiatiques bouleverse tous les pronostics des scientifiques (la Chine est devenue en 2009 le premier émetteur de gaz à effet de serre devant les États-Unis).

La machine climatique est peut-être déjà en train de s'emballer comme le montre la fonte accélérée du permafrost sibérien, de la banquise et des glaces du Groenland et de l'Antarctique. Sans parler des anomalies climatiques comme la multiplication des ouragans et des périodes caniculaires.

Aucun savant n'imaginait il y a vingt ans que ces phénomènes pussent se produire avant un siècle. Maintenant, certains se demandent s'il ne faudra pas en passer par la chirurgie lourde pour sauver notre écosystème : par exemple l'immersion de fer dans les océans pour accélérer la croissance du phytoplancton et piéger ainsi le gaz carbonique ou l'envoi de grandes quantités de soufre dans la haute atmosphère pour réfléchir la lumière du soleil ! Autant de solutions périlleuses qui reviendraient à placer la Terre sous assistance respiratoire permanente.

– Les causes

Les causes du réchauffement sont assez clairement identifiées :

– 1) Les gaz à effet de serre à l'origine du réchauffement actuel sont émis en premier lieu par les transports autour desquels s'est organisé le mode de vie contemporain (automobile et avion).

– 2) Nos sociétés post-industrielles agissent en prédatrices. Elles épuisent les ressources naturelles du sol et du sous-sol, dévastent les forêts primaires et les sols arables, exterminent la faune sauvage des forêts et des océans sans leur laisser le temps de se régénérer.

Elles se comportent ainsi comme les chasseurs-cueilleurs de la Préhistoire (avec une puissance de destruction très supérieure) et à l'opposé des anciennes sociétés paysannes d'Europe ou d'Asie, soucieuses du maintien en l'état de leur patrimoine.

– 3) Les paysans du tiers monde (Brésil, Indonésie, Afrique noire...) ont leur part dans la dégradation de l'environnement. À la différence des anciens paysans chinois ou européens, ils pratiquent une agriculture extensive sur brûlis pour un profit dérisoire et par manque de savoir-faire. D'autres détruisent les forêts primaires afin de vendre les essences rares, planter des palmiers à huile ou exploiter le minerai du sous-sol, pour le seul bénéfice de quelques compagnies sans scrupules.

Soulignons que la démographie n'est nullement en cause dans le réchauffement climatique. Toutes les régions du monde s'orientent vers une stabilisation, voire une diminution de leur population (Europe)... à l'exception de l'Afrique subsaharienne, qui est précisément la région du monde la moins « polluante » ! Et ce n'est pas la natalité mais l'ignorance qui pousse des paysans à brûler les dernières forêts primaires au Brésil, à Madagascar, Haïti ou Bornéo.

Les ménages les plus prédateurs sont les ménages des pays riches qui gaspillent les ressources de la planète pour leur satisfaction immédiate, sans se soucier (et pour cause) des générations futures. Ces sociétés, qui semblent résignées à briser la chaîne des générations et disparaître, pourraient bien reprendre à leur compte l'expression attribuée à la Pompadour : « Après nous le déluge ! ».

Ainsi, indifférents aux dégâts irréversibles causés à notre environnement, nous nous comportons comme les anciens habitants de l'île de Pâques qui auraient sacrifié leur avenir et leur survie à leur passion sans limite pour les belles statues.

– Les conséquences

D'ici dix ou vingt ans, si l'on en croit les experts, peut-être sera-t-il trop tard pour enrayer le réchauffement climatique ou du moins s'y adapter sans trop d'à-coups.

En attendant, ses conséquences pourraient, à l'échelle de la planète, se révéler au moins aussi dramatiques que les dernières guerres mondiales : sécheresses et famines, migrations massives, pénurie de pétrole et flambée des prix, crises économiques et conflits, maladies liées aux pollutions etc.

Un économiste britannique, Nicolas Stern, en a même chiffré le coût dans un rapport au gouvernement de Tony Blair : 5 500 milliards d'euros d'ici 2050, soit autant que les deux guerres mondiales ou la crise de 1929 (notons qu'il n'a pas pris en compte les éventuels bénéfices du réchauffement comme la mise en valeur de déserts glacés) !

Pour Nick Stern, le choix n'est plus entre la protection de l'environnement et la croissance économique mais : soit on se mobilise contre le réchauffement, soit on n'en fait rien et l'on doit se préparer à une récession de grande ampleur.

Des groupes de travail, en France et dans le reste du monde, estiment que, pour contenir la catastrophe et limiter l'élévation moyenne de la température à 2 °C d'ici 2050, il faudrait dans un pays comme la France rapidement diviser par quatre le total des émissions de carbone.

Pareil objectif implique non des incantations pieuses et des forums à grand spectacle mais une politique déterminée et audacieuse.

Les transports et l'industrie, principaux coupables

Le graphique ci-après décrit la répartition des émissions de gaz à effet de serre dans les 28 États de l'Union européenne en 2014.

On observe la part prédominante des industries de l'énergie (production d'électricité) ainsi que des transports (automobiles, avions, bateaux). Le fret maritime intercontinental n'est pas ici pris en compte.

Émissions de gaz à effet de serre dans les 28 États de l'Union européenne en 2014

Il ressort de ces chiffres que l'objectif de diviser par quatre les émissions de carbone ne peut s'obtenir sans de sévères économies d'énergie et une remise en cause des postes tertiaire et résidentiel et transports... sauf à imaginer une conversion quasi-complète de nos sociétés à des énergies « propres » avant l'inéluctable, soit d'ici le milieu du XXIe siècle ! Quoi qu'en laissent penser les industriels en quête de profits, le miracle est hors de portée, ne serait-ce qu'en raison de nos difficultés à stocker l'énergie (l'industrialisation des batteries, toute entière passée aux mains de la Chine, est encore très loin de répondre aux attentes).


Publié ou mis à jour le : 2017-12-13 15:45:47

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

André (21-11-201712:34:38)

Qui peut encore se définir comme "climatosceptique" ? Trop d'indices, trop d'évidences pour que l'on puisse encore douter du réchauffement climatique !


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Historien de l'économie, je publie régulièrement des analyses et des éditoriaux sur le site Herodote.net.
J'ai réuni ici mes billets d'humeur sur l'actualité, mes analyses sur les échanges, la monnaie, les migrations, la construction européenne ainsi qu'un projet d'allocation universelle et une approche fiscale des enjeux environnementaux.
 


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