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Emmanuel Macron verdit

Écotaxe, mon oeil !


Suite au relatif succès des Verts aux élections européennes, le gouvernement du président Macron a décidé de plancher sur l'écologie « écologie du quotidien ». Et voilà le premier résultat, annoncé par la ministre des Transports : une « écotaxe » sur les billets d'avion au départ des aéroports français. Inepte. Voici pourquoi...

La taxe que le gouvernement français se propose de mettre en place en 2020 s'appliquera à tous les billets d'avion au départ de la France. Son montant variera de 1,50 euros à 20 euros selon la destination. Seront naturellement exemptées les correspondances intérieures, mais aussi les liaisons avec la Corse et l'outre-mer.

Premier point (anecdotique) : on peut se demander ce qui justifie la faveur faite à la Corse et l'outre-mer. Il est désolant que, par un réflexe pavlovien, le gouvernement ait cédé aux lobbies régionaux avant même que ceux-ci aient réclamé une exemption ! Il n'est d'ailleurs même pas sûr qu'ils en auraient eu l'idée vu le montant très modeste de la taxe.

C'est le deuxième point, beaucoup plus important : vu le montant de la taxe, celle-ci ne pèsera pour ainsi dire rien dans le portefeuille des voyageurs. Elle se fondra parmi les coûts et taxes habituels qui composent le prix d'un voyage en avion et ne se verra pour ainsi dire pas. Autrement dit, il est certain que personne ne renoncera à son voyage en avion pour une alternative plus sobre énergétiquement.

Dans ces conditions, en quoi serait-il justifié de la qualifier d'« écotaxe » ? Le gouvernement assure qu'elle sera affectée à des infrastructures alternatives plus écologiques, rail et route ! Le montant total n'est pas tout à fait négligeable, sachant qu'avec près de 200 millions de passagers par an, elle rapportera environ 300 millions d'euros, sous réserve que le coût de la collecte ne devienne prohibitif...

Reste à se demander si elle viendra en remplacement ou en complément des financements normalement affectés à la modernisation et à l'entretien des infrastructures. Dans les faits, il sera quasiment impossible de savoir si tel chantier ferroviaire ou routier aurait été engagé ou non sans ladite taxe...

- Si la taxe remplace simplement tout ou partie des financements habituels, elle se ramène à une taxe très ordinaire, tout juste bonne à désendetter l'État. 

- Si elle vient en complément de ces financements, on peut en attendre un bénéfice pour lesdites infrastructures, avec une plus grande capacité de transport par le rail ou la route. Maintenant, faut-il s'en féliciter d'un point de vue écologique ?

Tout accroissement de l'offre induit une augmentation de la demande : si l'on augmente le nombre de trains ou le kiométrage de routes ou d'autoroutes, on crée quasi-automatiquement de nouvelles envies de déplacements motorisés. Cela s'observe à tous les échelons : dans les agglomérations, l'offre de trottinettes électriques n'a pas détourné un seul automobiliste de sa voiture mais elle a incité des piétons à renoncer à la marche ou au métro...

En d'autres termes, selon toute probabilité, la taxe promise par le gouvernement rapportera un peu au Trésor public (compte tenu d'un coût de collecte très élevé : on ne prélève pas sans frais 1,50 euros sur 200 millions de billets). Elle n'aura aucune incidence sur le trafic aérien et, dans le meilleur des cas, saturera un peu plus le territoire en routes, ronds-points, autoroutes et lignes à grande vitesse. « Écotaxe », disiez-vous ?

Reconnaissons-lui toutefois un avantage qui prime tous les inconvénients : elle permet au président Macron d'afficher ses bonnes dispositions à l'égard de l'écologie.

Publié ou mis à jour le : 2019-07-09 20:09:08

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