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L'immigration en Europe
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Limmigration en France

Les Yeux grands ferms


<em>Limmigration en France</em>

Démographe éminente, Michèle Tribalat s’est signalée au grand public par cet essai dans lequel elle dénonce les silences et les stigmatisations qui entourent les recherches dans son domaine, en France, dès lors qu’elles touchent aux questions migratoires...

L’ouvrage, limpide et sans concession, débute par cet avertissement qui en est un résumé : « L’a priori idéologique est déterminant dans la manière d’aborder tout ce qui se rapporte à l’immigration en France. La réalité, la mise en évidence des faits ne comptent guère. Il faut avant tout se positionner, donner des gages, montrer que l’on pense du côté du bien. Quelle que soit la réalité, il faut vanter les mérites de l’immigration, se féliciter de ses apports multiples et de l’enrichissement qu’elle suscite. »

Avec, faute de diagnostic pertinent, des conséquences dommageables pour l’action politique : « Une politique peut donc se trouver désavouée et impossible à mettre en œuvre, non parce qu’elle ne serait pas adéquate mais parce qu’elle prêterait le flanc à l’accusation de stigmatiser un groupe, objet de toutes les attentions antiracistes. »

Des flux mal évalués ou dissimulés

Michèle Tribalat, directrice de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED), s’inquiète de l’insuffisance de l’appareil statistique français pour étudier l’immigration et les populations étrangères.

Ayant fait partie du Haut Conseil à l’Intégration (HCI) créé en 1989 par Michel Rocard, elle avait alors proposé que soient définis comme immigrants les étrangers ayant déjà séjourné un an en France. Mais il s’en était suivi un conflit au sein des spécialistes, cette définition produisant des chiffres élevés dont on craignait qu’ils alarment l’opinion publique.

Quelles que soient les méthodes de comptage, il est un fait que les entrées légales d’étrangers ont dépassé le seuil symbolique des 200 000 en 2002, année où Nicolas Sarkozy est devenu ministre de l’Intérieur avec l’ambition de maîtriser l’immigration !

Rusant avec les chiffres, les démographes officiels évitent de compter le nombre d’étrangers qui, chaque année, s’installent dans le pays. Ils évitent aussi bien de présenter le solde, différence entre ceux qui s’installent et ceux, moins nombreux, qui repartent.

Ils préfèrent de plus en plus évoquer un solde migratoire fumeux qui fait la différence entre les entrées et les sorties du territoire, toutes populations confondues. En 2015, ils ont ainsi annoncé un solde migratoire de seulement 30 000 entrées légales (*). Prompts à réagir, les médias et la classe politique en ont conclu contre toute évidence que l’immigration était quasiment nulle.

Les démographes se sont abstenus de les contredire mais leurs chiffres donnent une toute autre image : l’essentiel des sorties du territoire est en effet constitué par des jeunes plutôt diplômés qui vont poursuivre leurs études ou chercher du travail en Angleterre, au Canada, aux États-Unis ou ailleurs ; beaucoup ne reviendront pas. Le pays est en quelque sorte victime de la « double peine » avec d’un côté des entrées d’étrangers qu’il faudra vaille que vaille intégrer, de l’autre des sorties de jeunes Français qui manqueront à l’appel pour maintenir à flot le pays et aider à l’intégration des étrangers.

Dans un survol de l’Europe occidentale, l’auteur souligne les bouleversements phénoménaux de ces trois dernières décennies concernant la répartition des populations. Les vagues successives d’immigration se dirigent prioritairement vers les métropoles. La moitié environ de la population d’Amsterdam est d’origine étrangère. C’est aussi le cas du tiers de la population d’Oslo.

Des villes moyennes voient aussi leur population se modifier. Ainsi Blois et Angers, dans le Val de Loire, comptent aujourd’hui un quart ou un tiers de jeunes d’origine étrangère, essentiellement maghrébine, turque ou noire. Ne croyons pas pour autant à un « sauve-qui-peut des natifs. Nul besoin d’une désertion massive des lieux où les concentrations se développent pour que ces dernières augmentent considérablement. La mobilité ordinaire des natifs alimente la substitution. Il suffit que les logements libérés par des natifs soient boudés par d’autres natifs et plus volontiers occupés par des immigrés. »

À ce phénomène s’ajoute la tendance de certaines populations à faire corps de sorte que se renforce l’entre-soi : « Certaines implantations immigrées se font d’emblée de manière ségrégative, comme les familles turques à Châtelette-sur-Loing, quand d’autres s’installent dans un processus ségrégatif progressivement, comme les familles africaines à Montfermeil et aux Mureaux. (…) La poursuite continue de flux d’immigration importants a tendance à renforcer l’isolement par rapport aux autochtones, contrariant ainsi un processus de francisation du voisinage des enfants des anciens migrants. »

La démographe note que l’entre-soi est, contrairement aux apparences, très marqué dans les quartiers bobos du nord-est de Paris, où les enfants d’immigrés ont encore moins de chances que dans les quartiers huppés de côtoyer des enfants de natifs. « Les politiques peuvent toujours s'entêter à poursuivre sans grand succès leur idéal de mixité sociale, laquelle n'a pourtant jamais vraiment existé, en s'imaginant que c'est ainsi qu'ils résoudront les problèmes intriqués de ségrégation ethnique et sociale. En France, comme dans d'autres pays, c'est la sélectivité des localisations accompagnant la mobilité résidentielle des familles, on l'a vu, qui exacerbe ces problèmes. »

Immigration, économie et bien-être

Michèle Tribalat rappelle le changement majeur depuis l’effondrement de l’immigration de travail après 1974 : « Une bonne partie de l’immigration étrangère passe désormais par la création ou l’activation de liens familiaux. » Elle dénonce en particulier le trompe-l’œil relatif aux mariages « mixtes ». Dans les faits, la moitié d’entre eux unissent deux personnes originaires du même pays, dont l’une, déjà installée en France, a acquis la nationalité française : « Il ne s’agit donc pas d’étrangers amenés à se marier avec des Français qu’ils ont côtoyés après avoir séjourné en France un certain temps, mais d’étrangers qui migrent, ou régularisent leur situation, à l’occasion d’un mariage avec un(e) Français(e). »

Les autres pays ouest-européens connaissent le même phénomène. Les Pays-Bas ont tenté de l’enrayer en rendant plus difficiles les mariages à l’étranger, si l’on en croit la démographe. Le résultat ? « Les fils de migrants turcs et marocains ne se mariaient pas plus souvent avec en 2006 qu’en 2001 avec une Néerlandaise d’origine (guère plus de 10% dans les deux cas) mais, au moins, leur épouse était déjà là, ce qui n’a pas contribué à alimenter la migration en chaîne. »

Les politiques migratoires en Europe de l’Ouest échappent de plus en plus aux États, ceux-ci faisant allégeance à des ONG et des organes supranationaux insensibles à toute forme de démocratie et porteurs de ce que Michèle Tribalat appelle le « progressisme transnational ». « Les défenseurs des droits de l’homme et ceux d’une conception libérale s’y rejoignent pour souhaiter une libre circulation des hommes alignée sur celle des marchandises et des capitaux. (…) Ils invitent à considérer les flux migratoires comme des rivières naturelles contre lesquelles on ne peut pas grand-chose et auxquelles il faut plutôt songer à s’adapter avec entrain ».

Que penser de leurs arguments sur les bienfaits supposés – au moins à long terme – de la libre circulation des hommes ? « L’avenir démographique de l’Europe est peu engageant : vieillissement (…) sur fond de faible natalité. L’immigration apparaît donc comme la variable privilégiée pour contrarier ce destin grisonnant ». Mais une étude de l’ONU en 2000 montre que, pour maintenir par la seule vertu de l’immigration le même ratio d’actifs dans des pays vieillissants, toutes choses égales par ailleurs, il y faudrait des effectifs considérables. Par exemple l’équivalent de la planète pour la Corée du sud !

Autant ne pas s’illusionner, d’autant que l’employabilité des immigrants n’est en rien garantie. Michèle Tribalat le rappelle : « Seuls les immigrants hautement qualifiés sont à même de contribuer à l’allègement des finances publiques, » et encore, parce que la collectivité n’a pas eu à financer leur éducation ni prendre en charge leurs parents âgés. Officielles ou officieuses, les enquêtes sur la contribution de l’immigration à la richesse nationale se révèlent toutes très bancales, en négligeant par exemple les surcoûts occasionnés dans l’instruction des enfants d’origine étrangère. Elles aboutissent au mieux à des gains infinitésimaux, inférieurs à la marge d’erreur.

Certaines études, aux États-Unis, semble indiquer que les immigrés entrent en concurrence avec les natifs non qualifiés et font baisser leurs salaires. D’autres, au contraire, laissent supposer que ces mêmes natifs, nantis du privilège de la langue, accèdent plus facilement à des postes d’encadrement… Quoi qu’il en soit, l’auteur fait un sort à l’idée convenue selon laquelle « de nombreux immigrants occupent les emplois dont les natifs ne veulent pas ». Quand les entreprises sont empêchées de recruter des immigrants, légaux ou mieux encore illégaux, elles savent trouver des alternatives locales, à coup d’augmentations salariales, campagnes de recrutement, automatisation etc.

L’immigration est aussi un facteur de conservatisme. « À cet égard, la situation des médecins étrangers dans le système sanitaire français est exemplaire. Une telle gestion renforce l’idée de numerus clausus, puisque l’immigration est là pour procéder aux ajustements nécessaires et réduit l’incitation à la formation de haut niveau. » Et Michèle Tribalat de rappeler que « des intérêts de classe existent bel et bien sur la question de l'immigration puisque ce sont les salaires des moins bien dotés en qualifications qui sont pénalisés par l'immigration telle qu'est aujourd'hui... » Conclusion sur les contradictions d'une Union européenne qui prétend promouvoir une « économie de la connaissance » et, dans le même temps, présente l'immigration de masse comme un bienfait de long terme.

Joseph Savès

Publié ou mis jour le : 2018-08-01 16:04:47

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